Le doute, l'infini, la transcendance.
Sommes nous daccord sur le fait que si le dualisme ontologique nest pas démontré, lhypothèse matérialiste non plus ? (sinon pourquoi Sir Eccles existerait-il ?)
Tu as écrit : « si tu entends défendre le dualisme ontologique, tu dois 1) démontrer que la 'conscience' transcende d'une manière ou d'une autre les processus cérébraux et 2) expliquer comment se fait l'interaction entre la 'conscience' et le cerveau (Sir Eccles, le principal neurobiologiste résolument dualiste, n'y a pas réussi, pour l'heure). »
Je ne suis pas tout à fait daccord pour le petit 2). Expliquer comment se fait linteraction entre la conscience et le cerveau nest pas nécessaire (cest mieux, et même beaucoup mieux mais très difficile tant on ne connaît pas les secrets du fonctionnement du cerveau ; on ne sait même pourquoi une bactérie qui vit, vit).
Car enfin, le petit 1) signifie déjà que les processus cérébraux ne peuvent pas être seuls à lorigine de la conscience (où alors jai mal compris le mot transcende). Il faut rechercher ailleurs.
Tu as écrit : « mon 'esprit' ? Mais qu'est-ce que l'esprit' ? » Lesprit, pour moi, cest la conscience. Quelque chose de si présent quon en oublie lexistence.
Qui peut mieux expliquer ce quest lesprit que Descartes lui-même ? Chacun dentre nous peut faire cette exercice : douter de tout. Et si tout ce qui mentoure nétait quun théâtre. Peut-être que les autres ne sont que des pantins quun démon agite quand je les regarde. Tu as toi-même écrit que le scepticisme radical est irréfutable.
Seulement il y a une limite au doute hyperbolique. Pour pouvoir douter, il faut pouvoir penser. Douter du fait que lon doute est impossible (cette assertion est presque une Lapalissade).
Toutes les doctrines, les croyances qui sont élaborées sur Terre le sont par des esprits humains, des consciences qui oublient quils ont justement une conscience. Doutons de tout. Je pourrai toujours douter de nimporte quel résultat physique, de nimporte quel hypothèse scientifique, de nimporte quelle sincérité, mais jamais je ne pourrai douter du fait que
je doute.
Le doute en pleine action, cest de la conscience de soi, de la pensée, de la transcendance. Douter de lexistence du monde sensible ou se demander « pourquoi je suis moi ? », cest prendre conscience que lon est avant tout une conscience.
"Le doute n'est pas au-dessous du savoir, mais au-dessus." écrivait Alain.
Il faut faire lexercice du doute pour prendre conscience de la nature transcendantale de notre conscience.
Lesprit ne peut pas être considéré comme un objet. On ne peut pas le comprendre en essayant de le voir « extérieur ». Il faut (par exemple) faire lexpérience du doute hyperbolique pour comprendre à quel point la conscience est liée à la partie la plus intime du moi.
Je sais que le monde extérieur existe, mais je sais surtout que jai une conscience. Et cest bien ce que jai de plus précieux. Que pourrais-je faire sans elle ? Comment pourrais-je apprécier la beauté dun paysage, dune uvre dart ? Comment pourrais-je me réjouir de la formidable magnificence de lunivers (alors que je nai jamais quitté le plancher des vaches) sans ma capacité à imaginer linfini ?
Parlons en de linfini. Linfini est-il autour de nous. Quelquun peut-il dire « je suis allé voir linfini lautre jour, cétait beau ; plus petit que je limaginais mais beau ». Linfini ne sobserve jamais. Il est dans notre esprit. Il est transcendant.
Par exemple, regarder le ciel la nuit peut laisser une personne de marbre et provoquer chez une autre une émotion très forte. Cette dernière peut essayer de comprendre et de voir lunivers avec toutes ses étoiles, ses planètes, toutes ses galaxies, comprendre linfini diversité qui doit se trouver là-haut : des centaines de milliards détoiles rien que dans
Ce qui est beau, ce nest pas seulement le monde extérieur mais cest surtout notre esprit. Il possède en lui une formidable propension à admirer, à aimer et aussi à avoir conscience de lui-même. Comment ne pas comprendre que ce nest pas la chose en soi qui est belle, mais la chose telle que notre esprit la perçoit ?
Je propose tout simplement une origine spirituelle à ma dimension spirituelle.
Pour les raisons suivantes :
- je ne peux comprendre que la matière soit à lorigine de lesprit[1].
- par contre un monde où lesprit (ou plutôt un principe spirituel, si jose dire) serait à lorigine de la matière est tout à fait compréhensible.
[1] Mais la matière a bien sûr une grande influence sur mes capacités cérébrales. Ainsi il est clair que toutes les fonctions de mon cerveau sont liées aux réactions électrochimiques se produisant au niveau de laire de Broca, des lobes frontaux, du corps calleux, de la substance blanche, grise
mais cela ne signifie nullement que la conscience de soi est le « produit » de ma cervelle (pour le démontrer, il faudrait quele fonctionnement du cerveau soit parfaitement décrit et même, reproduit).