La conscience au dessus de tout.
Pour étoffer mon propos, jaimerais citer quelques définitions et quelques axiomes de Spinoza (extraits de la première partie de léthique).
Quelques définitions :
« I. J'entends par cause de soi ce dont lessence enveloppe lexistence, ou ce dont la nature ne peut être conçue que comme existante. [...]
III. J'entends par substance ce qui est en soi et est conçu par soi, c'est-à-dire ce dont le concept peut être formé sans avoir besoin du concept d'une autre chose. »
Quelques axiomes :
« I. Tout ce qui est, est en soi ou en autre chose.
II. Une chose qui ne peut se concevoir par une autre doit être conçue par soi. [..]
VII. Quand une chose peut être conçue comme n'existant pas, son essence n'enveloppe pas l'existence. »
Laxiome VII est intéressant. Quand une chose, quelle soit une pensée, un objet, un concept ou une personne peut être conçue comme nexistant pas alors son essence nenveloppe pas lexistence.
Je tiens dabord à préciser quil est obligatoire que « quelque chose » existe. Bergson la démontré, le rien ne se pense pas, il ne senvisage pas. Par exemple, à propos de lunivers, il est impensable pour les scientistes que le vide total, sans particules, sans énergie, sans espace puisse exister ne serait-ce quun tout petit instant : la notion même de néant absolu na pas de sens, pour tout le monde.
Il faut que quelque chose existe et pour les scientistes, ce qui ne peut être conçue comme nexistant pas, cest la matière (ou la matière-espace-temps, nouveau concept issu des théories les plus abouties dans le domaine). Or la matière, personne ne sait ce que cest « vraiment » puisquil est même possible que lunivers que lon voit ne soit quune simulation, une sorte dillusion (voir paragraphes précédents).
En outre, jai préféré suivre la voie cartésienne et ne reconnaître comme certain que lexistence de la conscience (je pense donc je suis) : ce dont je suis sûr cest que je pense.
Mais ma conscience nest pas auto suffisante. Elle ne peut pas sexpliquer elle-même et surtout elle ne peut pas être à lorigine du monde extérieur. Par conséquent elle requiert, comme le reste, de la fondation.
Or nous venons de voir quil est obligatoire que quelque chose existe. Il existe donc quelque chose déternel qui a en lui, potentiellement, tout ce qui appartient au monde sensible mais également tout ce qui appartient au domaine spirituel.
Les scientistes croient que cest la matière ainsi quune sorte de principe initiale qui serait à lorigine du démarrage. Personnellement, pensant que cette hypothèse amène à des conclusions absurdes, je croie que cette « chose » éternelle nest pas matérielle, physique mais spirituelle.
Je propose tout simplement une origine spirituelle à ma dimension spirituelle.
Pour les raisons suivantes :
- je ne peux comprendre que la matière soit à lorigine de lesprit[1].
- par contre un monde où lesprit (ou plutôt un principe spirituel, si jose dire) serait à lorigine de la matière est tout à fait compréhensible.
Comment ? Par exemple en reprenant lhypothèse selon laquelle nous sommes des simulations. Dailleurs à ce propos je lisais il ny a pas longtemps sur Internet : « John Barrow ne s'appuie pas que sur l'informatique pour envisager que nous vivons peut-être dans "un univers simulé". Le plus troublant, selon lui, est l'équilibre infiniment subtil des conditions naturelles rendant la vie possible sur Terre. Un équilibre, suggère le chercheur, qui pourrait même s'avérer trop délicat pour se perpétuer sans que "de légers changements" lui soient apportés de temps à autre. ».
Est- il possible que les constantes fondamentales de la physique (constante gravitationnel, constante de Planck
) soient ajustées en temps réel par un grand programmateur ? Par exemple, comment expliquer létonnante précision avec laquelle toutes les forces (gravitation, interaction forte, interaction faible) sont ajustées.
Si jamais nous étions les « jouets » dun grand programme informatique, nous ne pourrions pas le savoir, puisque tout ce que nous fournissent nos sens serait précisément issu de ce programme. Cette hypothèse semble néanmoins ne faire que repousser le problème dun cran. Car enfin, qui a créé le grand programmateur. Esprit ou matière ?
Pour nous éclairer sur ce sujet, voici un extrait de la philosophie hégélienne :
« Il ny a pour Hegel quune réalité, celle de la pensée, car la pensée est infinie. Linfinité comme unité de lêtre et de la pensée est une unité dialectique où un terme lemporte sur lautre. Et Hegel indique bien comment lÊtre na de sens que par le Concept qui lanime, comme le corps est animé par lâme, tandis quil na en propre que la caducité. »
« Cest en fait la définition de linfinité de la pensée pure, ou de linfini comme pure pensée, qui permet à Hegel de réussir là où dautres ont échoué. Car si Dieu est pure pensée en tant quinfini, alors cest bien aussi par la pensée, le Concept pur, quon doit le saisir. Lexistence ne fait rien à laffaire, et lon échappe à la critique de Kant, puisque la pensée pure est plus que lêtre et peut être accusée dabstraction en sa conceptualité. Ainsi ne saurait valoir la remarque kantienne selon laquelle la différence dordre entre la pensée et lêtre empêcherait de tirer celui-ci de celle-là, parce que justement il ny a que la pensée. Et lon doit bien par conséquent, par le seul concept, tirer de linfini tout cet être, qui consiste à être pensé. »
LÊtre na de sens que par le concept qui lanime selon Hegel. Si lon suit cette théorie, lunivers nest pas une simulation issue dun programme informatique mais une simulation construit par la logique. La différence est subtile et il nest peut-être pas utile pour le moment dessayer de comprendre de quel manière on peut considérer la matière en tant que concept.
Il faut néanmoins retenir de ces diverses suppositions que lunivers produit de la pensée nest pas absurde et même au contraire tout à fait cohérent. Le monde serait, en quelque sorte, le rêve de Dieu dans lequel nous avons été injecté. Jai bien du mal à mexpliquer et la vérité est évidemment beaucoup plus complexe que cette métaphore simpliste, mais dire que ce que nous connaissons du monde extérieur est une sorte de jeu (jen reviens toujours à mon univers simulé) réglé par la logique (qui est pour moi une propriété je dirais presque spirituelle), nest pas absurde. La logique fait partie de la conscience.
Car, après tout, que savons nous de lunivers en dehors de la représentation que lon en a ? Nous ne pouvons découvrir ses mystères et sémerveiller de ses trésors que par les informations reçues par notre esprit.
Par conséquent, lhypothèse selon laquelle la « chose » ne pouvant être conçue comme nexistant pas est dordre spirituel est bien plus claire, logique et vraie que lhypothèse matérialiste qui débouche sur un monde à lexistence fortuite et absurde et qui, de plus, aurait tendance à pousser les gens vers un comportement individualiste
Car enfin si lunivers na pas de sens, lêtre humain est un accident et sa conscience une aberration. Pourquoi se battre pour être heureux, pour avoir une vie intéressante, pleine de récompenses et de joies ? Quand les vacances seront finies, quand la fête sera terminée, que restera-t-il ? Peut-être le plaisir de laisser à ses enfants un héritage. Mais ce nest que déplacer le problème. Car si lexistence de lhumanité est absurde, sa civilisation peut disparaître comme ça dun seul coup (à cause dune météorite par exemple), sans que personne nait eu le temps de sen émouvoir. Alors tout ce travail aura été inutile. Doit on alors sinvestir dans une vie de débauche puisque de toute façon, à la fin, le résultat est le même ?
Car seul le résultat compte. « Pour peu que le bonheur survienne, il est rare quon se souvienne des épisodes du chemin. » disait le poète. Or le problème, cest quil ny a que les étapes, puis plus rien. Quelles quaient été ces étapes.
Plus jy réfléchis, plus labsurdité du néant me semble évidente. Certes je peux me satisfaire de ma vie actuelle ; de toute façon, jy suis obligé. Mais je narrive pas à comprendre comment faire pour ne pas chercher à lui donner un sens spirituel plus intense. Car tout un chacun cherche à donner un sens à sa vie. Je trouve dailleurs quil sagit bien là dun comportement irrationnel, incongru dans ce monde qui na pas de sens. A croire que la vie même est irrationnelle.
En fait, plus janalyse le monde légué par Darwin, moins je le comprends. Il me reste comme un gros point dinterrogation : ma logique narrive pas à intégrer lathéisme qui, semble t-il, en découle.
Jen arrive à me demander sil est grave que je sois malheureux. Quelle importance cela peut-il bien avoir ? La vie passe tellement vite que bientôt je me retrouverai agonisant mais sans en savoir plus sur mon identité.
Peut-être aurai-je limpression davoir réussi ma vie. Je trouverai sans doute des motifs de satisfaction, surtout si jai eu une vie professionnelle valorisante, une famille aimante
Dans cette hypothèse, je mourrai tranquille, lesprit calme, sauf si tout ceci na pas de sens. Si tout ça est promis à un destin tragique (destruction totale par exemple), je ne pourrai pas honnêtement ne me satisfaire que dune contingence heureuse.
[1] Mais la matière a bien sûr une grande influence sur mes capacités cérébrales. Ainsi il est clair que toutes les fonctions de mon cerveau sont liées aux réactions électrochimiques se produisant au niveau de laire de Broca, des lobes frontaux, du corps calleux, de la substance blanche, grise
mais cela ne signifie nullement que la conscience de soi est le « produit » de ma cervelle.