2. Rectification et introduction du logiciel.

Publié le par Miteny

Je change l’histoire de Marc V. pour tenir compte de tes remarques et pour tenter de comprendre.  

 

Je reviens à l’époque où Marc V est encore dans son corps. Il travaille assidûment à son projet et n’est pas loin d’aboutir. Il a mis au point un système qui permet de copier toute la mémoire qui se trouve stocké dans son cerveau vers l’ordinateur auquel il se destine. Il s’est fait également des yeux, des bras… bref un corps informatique. 

 

Que doit-il encore faire ?  

 

Prenons un exemple : Lorsque je me brûle, les cellules de ma main informent mon cerveau qu’elles sont en train de ressentir une chaleur très importante. Le cerveau gère la situation en donnant l’ordre de retirer la main. Cette expérience est ensuite enregistrée dans la mémoire de l’individu (pour qu’il évite le plus possible par la suite les endroits qui brûlent). 

Le cerveau se comporte donc comme un système de gestion qui est capable d’apprendre en stockant des informations dans sa mémoire. Il s’apparenterait davantage à un logiciel. 

L’état mental « j’ai conscience de me brûler » serait un produit de ce logiciel qui en même temps, prend la décision de retirer la main (généralement, à moins que le dit individu ait à prouver son courage).  

 

Par conséquent, il suffirait à Marc V de créer une version jumelle (informatique) de son logiciel de gestion. Chaque individu a une version légèrement différente de ce logiciel (ou exécutable) : cela explique les différents traits de caractère. C’est pourquoi il est important que Marc décrypte très précisément le fonctionnement de son cerveau pour mettre au point une version vraiment similaire. 

Lorsque cet exécutable est mis au point, il n’a plus qu’à le faire fonctionner, avec la base de données « souvenir » adaptée : la sienne (qu’il vient de copier sur son ordinateur).

Son problème est maintenant le suivant. S’il lance l’exécution tout de suite, il aurait créé un autre lui, virtuel, avec exactement les mêmes souvenirs que lui. Mais ça ne sera pas lui. Puisque lui est toujours assis sur sa chaise à ressentir les douleurs de son corps vieillissant. Comment faire ? Car Marc V ne veut pas d’un autre lui. Il veut lui-même vivre dans son monde virtuel. « Les mêmes causes produisent les mêmes effet, mais dans le domaine de la conscience, il faut être plus subtil » pense-t-il. 

 

 

Marc V décide alors de connecter son cerveau au logiciel qu’il vient de terminer. Le logiciel s’occupe des principales opérations de la vie quotidienne (virtuel) du nouveau corps informatique de Marc qui ressent tout ce qui se passe dans le monde merveilleux qu’il a créé. Mais malheureusement pour lui ce logiciel est toujours connecté à son cerveau. Petit à petit ses amis le débarrassent de tout ce qui est inutile et qui lui servait avant à voir, à ressentir ses jambes (tout ceci est désormais numérique). 

Au bout de quelques mois, il ne reste plus qu’un neurone que Marc ne veut pas que l’on débranche car c’est sûr : si on lui tue ce neurone, il n’aura plus conscience de lui-même. Seul l’autre, celui à qui il n’avait pas voulu donner la vie en lançant l’exécutable, aura ce privilège. 

 

Mais ses collèges biologistes lui disent que c’est idiot : un neurone c’est rien. C’est ridicule : juste un fil. Sa conscience ne peut se trouver localisée dans quelque chose d’aussi insignifiant. 

 

Finalement le neurone est débranché. Le Marc virtuel existe toujours. En apparence, c’est la même personne que l’ancien. Mais la conscience, le sentiment d’exister du vrai Marc n’existe plus. Marc V est mort.

 

 

 

Publié dans L'histoire de Marc V.

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Loïc Talmon 05/08/2005 19:09

Le problème, dans ton histoire, est qu'elle fait l'impasse sur des éléments essentiels de la position fonctionnaliste et te permet ainsi de retomber sur tes pieds, en ayant le sentiment d'avoir démontré ta thèse. Je te propose une variante : Marc V considère que le corps humain est par trop fragile et décide de se doter d'un corps cybernétique. Le corps lui-même ne pose guère de difficultés. Pour le cerveau, c'est un peu plus long : les scientifiques chargés de sa métamorphose remplacent les réseaux de neurones un par un. Après les premières opérations, Marc V a donc un cerveau organique à hauteur de 90% (par exemple) et un cerveau cybernétique à hauteur de 10%. Le temps passe et les opérations s'enchaînent. Finalement, Marc V se retrouve avec un cerveau totalement cybernétique. Lui-même n'a ressenti aucune différence : son nouveau cerveau fait exactement la même chose que l'ancien, sauf que les configurations réalisées le sont sur support informatique, au lieu de l'être sur support biologique. Marc V a-t-il disparu pour autant ? Absolument pas. Pour le fonctionnaliste, l'important, c'est ce que fait le cerveau, en termes d'états fonctionnels, pas le substrat duquel émerge lesdits états. On retrouve d'ailleurs ce postulat fonctionnaliste lorsqu'on étudie l'évolution des espèces : chaque espèce réalise peu ou prou les mêmes choses (perception, action, reproduction...) mais avec des supports très différents.