Mon sentiment d'exister n'est pas unique.

Publié le par Miteny

Le cogito n’est donc pas une fiction. Mais selon toi, le « je » du cogito, oui. Je ne comprends pas. Qu’est ce alors que le cogito ? 

J’ai écrit : « Le monde sans un « je » n’existe pas. » Oui. A chaque fois que le monde est pensé, représenté, il l’est par quelqu’un. Ce que me permet de savoir que le monde existe, que j’existe, c’est mon esprit, mon cogito. Imaginer un monde où je ne suis pas, ça, c’est une fiction. Car, à partir du moment où ce n’est plus une fiction, cela devient la réalité et dans la réalité, j’y suis (non ?). 

Néanmoins, le monde existe en dehors de notre représentation, c’est (quasiment) certain. Mais que savons nous de ce monde là ? Rien, ou presque. Il y a tant de questions qui n’ont pas de réponse. Peut-être existe-t-il d’autres planètes habitées par d’autres créatures intelligentes. Je ne le saurai probablement jamais. Il y a beaucoup de choses que je ne saurai probablement jamais. Je (en tant qu’esprit rationnel) suis limité, « enfermé » dans une expérience particulière. 

Tu es d’accord pour dire que c’est l’esprit qui te permet de savoir que tu existes. Mais quel esprit ? Ton esprit ? Peux-tu me préciser ce que tu entends par esprit, s’il te plaît. 

Je ne me considère pas comme un esprit universel, l’incarnation de la raison mais simplement comme un esprit particulier capable d’utiliser la raison et qui aurait pu être quelqu’un d’autre. Mon sentiment d’exister n’est quand même pas unique ! Alors pourquoi est-il « coincé » dans ce corps là ?

 

 

Publié dans Pas à pas.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Loïc Talmon 28/07/2005 18:01

ai-je le droit d’être sûr que j’existe ?

>> Tu en as non seulement le droit, mais le devoir logique. La certitude de ton existence est au fondement même de ta question. Ce que j'appelle un axiome.

Donc mon sentiment d’exister n’est pas unique. C’est quelque chose de banal, « propre à l’espèce humaine ». J’aimerais te demander si tu confirmes cela.

>> Je confirme, en précisant immédiatement que pour moi ce sentiment d'exister s'explique par notre fonctionnement cognitif, ou, dit autrement, par notre capacité réflexive.

D’autre part j’aimerais te poser cette troisième question : la conviction que j’ai concernant ma propre existence est-elle de même nature que la conviction concernant l’existence des choses et des autres ?

>> La certitude de ton existence est une vérité première, ainsi que le montre le cogito. La certitude de l'existence d'autrui (au sens large) se déduit indirectement de l'évidence intuitive du cogito : le solipsisme et le scepticisme radical sont irréfutables en théorie mais réfutés en pratique.

miteny 28/07/2005 12:30

J’ai le droit de dire que j’ai des bras, des jambes, une tête et … une conscience.
J’ai le droit de dire que je suis convaincu d’exister. J’ai du mal à définir vraiment ce qu’est mon sentiment d’exister, mais selon moi, il est primordial. Sans lui, pas de conscience de moi (je ne fais appel à aucun mysticisme).
Le sentiment d’exister nous permet de savoir que l’on existe. On juge de l’existence des autres, des choses parce que l’on est soi-même convaincu de notre propre existence. C’est la première chose dont on est sûr. Pourquoi en est-on si sûr ? C’est la question que je te pose aujourd’hui : ai-je le droit d’être sûr que j’existe ?

Tu as écrit : « Quant à ton sentiment d'exister, il fait partie d'un trait propre à l'espèce humaine, dû à sa faculté de conscience de soi. »
Donc mon sentiment d’exister n’est pas unique. C’est quelque chose de banal, « propre à l’espèce humaine ». J’aimerais te demander si tu confirmes cela.

D’autre part j’aimerais te poser cette troisième question : la conviction que j’ai concernant ma propre existence est-elle de même nature que la conviction concernant l’existence des choses et des autres ?

J’aimerais que tu répondes à ces 3 questions, s’il te plaît, pour que le débat avance sur des bases communes. Je ne pense pas qu’il soit pour l’instant utile de parler de phénoménologie et d’ontologie. Procédons par étape. Pour l’instant il me semble que mes interrogations n’ont pas de sous-entendus.

Cordialement.


PS : Le monde existe en dehors de ma représentation : c’est très probable. Je n’ai pas dit que le monde sans moi n’existait pas mais que un monde réel sans un « je » était impossible à concevoir.
Il n’est pas possible de « savoir que le monde existe » sans exister soi-même. Quand je mourrai, il me sera impossible de savoir si le monde existe encore ou pas. C’est tout ce que je voulais dire, rien de plus.

Loïc Talmon 27/07/2005 19:13

Le cogito n’est donc pas une fiction. Mais selon toi, le « je » du cogito, oui. Je ne comprends pas. Qu’est ce alors que le cogito ?

>> Le cogito, c'est cette vérité première découverte par Descartes par le moyen du doute méthodique et au terme d'une situation artificiellement créée par lui, le solipsisme. Cette vérité première, "intuitivement évidente", ne dit absolument rien sur le "je" du cogito. Il pourrait très bien être, comme le dénonçait Nietzsche, une superstition de logiciens. Aussi, en lieu et place du cogito, il serait plus juste de proposer l'anti-paradoxe suivant : "il y a de la pensée dans l'univers" (Raymond Ruyer). Une telle proposition se situe en amont de toutes les autres et ne peut être contredite sans entraîner nécessairement l'annulation de la proposition négatrice.

J’ai écrit : « Le monde sans un « je » n’existe pas. » Oui. A chaque fois que le monde est pensé, représenté, il l’est par quelqu’un. Ce que me permet de savoir que le monde existe, que j’existe, c’est mon esprit, mon cogito. Imaginer un monde où je ne suis pas, ça, c’est une fiction. Car, à partir du moment où ce n’est plus une fiction, cela devient la réalité et dans la réalité, j’y suis (non ?).

>> Ta phrase serait plus juste exprimée ainsi : « Le monde sans un "je" n’existe pas, pour moi. » Car enfin, la condition d'existence du monde, ce n'est pas toi. Le monde continue d'exister lorsque tu dors, existait bien avant que tu naisses et existera encore bien après ta mort. Navré de te rappeler cette dure réalité.

Néanmoins, le monde existe en dehors de notre représentation, c’est (quasiment) certain. Mais que savons nous de ce monde là ? Rien, ou presque. Il y a tant de questions qui n’ont pas de réponse. Peut-être existe-t-il d’autres planètes habitées par d’autres créatures intelligentes. Je ne le saurai probablement jamais. Il y a beaucoup de choses que je ne saurai probablement jamais. Je (en tant qu’esprit rationnel) suis limité, « enfermé » dans une expérience particulière.

>> Tu te contredis tout seul : si tu admets que le monde existe en dehors de ta représentation, alors tu ne peux pas affirmer, comme tu le fais un peu plus haut, que le monde sans un "je" n'existe pas. Pour le reste, oui, notre ignorance croît au carré de notre connaissance et nous autres humains sommes limités cognitivement. L'évolution n'a pas fait émerger le cerveau humain pour que ce dernier comprenne tout. Mais sauf ton respect, je ne vois pas le rapport entre cette aporie fondamentale, propre à notre entendement en tant qu'espèce et le cogito.

Tu es d’accord pour dire que c’est l’esprit qui te permet de savoir que tu existes. Mais quel esprit ? Ton esprit ? Peux-tu me préciser ce que tu entends par esprit, s’il te plaît.

>> Précisément, comme je te l'écrivais dans mon précédent message, j'utilise le terme "esprit" faute de mieux, mais rien, dans le cogito, ne me permet de dire ce qu'est cet esprit. Enfin, pour moi, mais je te l'ai déjà dit, l''esprit' est une propriété émergente du cerveau, à la manière d'un logiciel sur un ordinateur.

Je ne me considère pas comme un esprit universel, l’incarnation de la raison mais simplement comme un esprit particulier capable d’utiliser la raison et qui aurait pu être quelqu’un d’autre. Mon sentiment d’exister n’est quand même pas unique ! Alors pourquoi est-il « coincé » dans ce corps là ?

>> Encore une fois, le fait que tu aurais pu être quelqu'un d'autre n'est qu'une vue de l'esprit, un exercice de pensée. Dans la réalité, tu es toi, point. Quant à ton sentiment d'exister, il fait partie d'un trait propre à l'espèce humaine, dû à sa faculté de conscience de soi. Rien de mystique là-dedans. Finalement, la manière dont tu te conçois prouve décidément ton adhésion première et irrationnelle au dualisme métaphysique : "coincé dans un corps" ? Mais enfin, tu es ton corps ! Raison pour laquelle j'utilise souvent, dans ce genre de discussion, le néologisme de "corps-esprit", soulignant l'unité ontologique tout en respectant la dualité phénoménologique.