Une fiction bien réelle.

Publié le par Miteny

Mon raisonnement peut paraître répétitif, lourd, englué, borné, confus, misérable… J’en suis désolé. Néanmoins je persiste à vouloir comprendre, discuter. Il vaut toujours mieux faire de tout petits pas dans la bonne direction que de grands pas dans la mauvaise. 

Pour te faire mieux comprendre mon point de vue, je ne te poserai aujourd’hui qu’une question : l’outil qui te permet de savoir que tu existes, quel est-il ? (1) 

Comment peux tu être sûr que tu existes ?

 A mon avis, sans ton esprit, sans ta conscience, tu ne pourras pas savoir que tu existes. Elle est donc nécessaire (est-elle suffisante ? c’est un autre problème).  Tu dis que le « je » du cogito existe, mais que c’est une fiction. Tu as écrit « fiction renvoie à l'idée de construction, d'artéfact. Le "je" du cogito est le produit d'une méthode : le doute cartésien. » 

Non. Car le doute cartésien a pour objectif de révéler une réalité à savoir que sans la conscience, sans l’esprit, tu ne pourrais même pas prétendre que le cogito est une fiction.  Bref le cogito n’est pas l’« invention » d’un esprit trop paranoïaque, puisque chacun d’entre nous l’utilise, à chaque instant.  Si tu nies cela, je te demande de m’indiquer quel est selon toi l’instrument qui te permet de juger de ton existence et de l’existence d’une chose en général.

Pour toi, seul l’axiome d’existence est certain. « Tout ce qui réfère doit exister ». Certes. Mais qu’est ce que cela veut dire ? Peux tu me préciser le verbe « référer » ?  

 

Ensuite la question sera de savoir si cette conscience de soi, ce cogito, ce sentiment d’exister est uniquement le produit du cerveau.  Mais en attendant, je te demande de bien vouloir répondre à la question 1.

 

 

Publié dans Pas à pas.

Commenter cet article

tzenga 25/07/2005 11:29

plus ça va plus j'ai l'impression de comprendre ce que Loïc exprime et avec lequel je suis d'accord, je résume :

" C'est par l'absurde que le cogito démontre l'existence du "je" "

Personnelement, j'espère que l'existence du "je" suffit à démontrer l'existence de tout le reste du monde...

Sinon, je retourne me coucher !
:-)

Loïc Talmon 22/07/2005 18:46

Je crains que tu n'aies toujours pas compris ma démarche : Descartes crée volontairement une situation artificielle, dans laquelle il imagine que tout pourrait être faux, illusoire, afin de déterminer ce qui, en dépit de tout, résiste et se révèle comme vérité première. Il en vient à une certitude : le doute implique nécessairement l'existence. Dans cet exercice de pensée, le sujet qui doute et se découvre lui-même au fondement de tout n'est autre que "je", ce qui fera dire à Descartes que la première vérité est celle de la conscience de soi, comme tu le dis toi-même. Mais c'est à mon sens une erreur, car enfin, ce principe, l'existence, qui se situe en amont de toute proposition (n'importe laquelle, la tienne, la mienne, celle de Rorty...) n'a rien de personnel, au contraire : il s'agit de ce fondamental qui autorise non seulement la subjectivité (conscience de soi) mais aussi et surtout (puisque nous y sommes ici-même !) l'intersubjectivité. A ce titre, la sentence de Rorty selon laquelle "tout ce qui réfère doit exister" prend tout son sens : il est impossible de juger du vrai ou du faux d'une proposition dont les termes renvoient à de l'inexistant. Par cette même démonstration, tu ne peux en venir que très naturellement à rejeter le solipsisme de Descartes duquel il n'a réussi à sortir qu'en recourant à un être imaginaire : 'Dieu'.