La contingence de mon existence.

Publié le par Miteny

Bien sûr que je ne peux qu’imaginer être quelqu’un d’autre (je ne peux l’être réellement). Mais là n’est pas la question. J’aimerais savoir si j’aurais pu être quelqu’un d’autre. 

 

Il me semble que tous les hommes ont en gros la même sensibilité, la même sensation d’exister. De plus, la communication entre êtres humains est assez puissante, de sorte que l’on est capable de comprendre assez profondément ce que ressentent les autres. Je peux me sentir très proche de plusieurs personnes (et même d’un très grand nombre si je connaissais les 6 milliards d’habitants de la terre, la barrière de la langue mis à part).  

C’est la raison pour laquelle la réponse à cette question est pour moi oui. Je n’ai rien de fondamentalement différent. Je serais même plutôt banal. J’aurais pu mourir à l’âge de quelques mois, mais les médecins m’ont sauvé. J’aurais pu être moins intelligent, ou plus intelligent.  

 

Ma transcendance est une vue de l’esprit. Certes, mais elle existe. C'est-à-dire que je suis capable de définir un « moi » indépendant de la contingence de ma naissance. 

En effet, ce « moi » ne dépend pas de ma nationalité, de l’époque à laquelle je suis né. J’en suis convaincu. Pourquoi ? Parce que justement je constate que les autres ne sont différents de moi que par des détails. Même les peuples les plus éloignés de ma culture d’origine sont constitués de personnes ayant la même faculté d’imagination, de transcendance. Ils ont la possibilité d’identifier au sein de leur personnalité une « partie profonde » qui aurait pu « être ailleurs ».  

 

Alors, avant d’aller plus loin, je te pose la question suivante : 

Ce « moi » (qui est une vraie réalité pour chacun d’entre nous) dépend-il des avatars de mon expérience, de l’acquis et de l’inné ou est-il commun et essentiellement identique pour tous ? 

Attention : je n’évoque pas ici l’ensemble de ma personnalité avec tous ses détails mais ce que je définirais comme « ma sensation d’être », qui existe quelque soit les péripéties de ma vie : dans quelques années, peut-être que j’irai vivre à Madagascar, aux USA. Peut-être resterai-je en France. Mais quoiqu’il arrive, je resterai moi, j’en suis sûr.

 

 

Publié dans Pas à pas.

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Loïc Talmon 19/07/2005 16:00

Tu as toi-même écrit que j’aurais pu être quelqu’un d’autre. Par exemple une personne qui n’a ni le même inné, ni le même acquis que moi. Quel est donc ce « je » transposable d’une personne à l’autre ? A mon avis tu ne peux pas dire en même temps « j’aurais pu être quelqu’un d’autre » et « je » dépend de l’acquis et de l’inné.

>> Tu aurais pu être quelqu'un d'autre en vertu de la contingence de ta naissance. Mais ce "je" dont tu parles n'est qu'un pronom personnel et rien d'autre. Si tu avais été quelqu'un d'autre, il aurait désigné ce quelqu'un d'autre et pas toi, tel que tu es ici et maintenant, devenu quelqu'un d'autre. Il n'y a pas de continuité et encore moins de lien entre le "je" que tu es ici et maintenant et le "je" que tu aurais pu être tel que tu l'imagines ici et maintenant. "Je" dépend toujours nécessairement de l'inné et de l'acquis car "je" c'est d'abord un corps, une histoire, une temporalité, bref, une confluence de facteurs formant un noyau unique et inamovible.

Les malades d’Alzheimer qui ne sont plus capables de se reconnaître sont encore moins capables de se poser des questions sur l’origine de leur existence. Ils ne sont plus sûrs de rien.
Nous avions dit récemment que la première des réalités est notre existence (j’avais proposé le mot « conscience » mais je ne sais pas si tu étais d’accord). Tu ne peux maintenant qualifier ce « moi », ce cogito, cartésien d’illusion. Si le fait que j’existe est une illusion, alors le monde en est une plus grande.

>> Attention, tu confonds deux choses : je n'ai pas dit que l'existence telle que mise en évidence par le cogito était une illusion, j'ai expliqué que le "je" du cogito était une fiction dont l'illusion de continuité s'expliquait par un travail permanent de réécriture à l’encre de la mémoire. L'existence, fondement de toute réalité, est une chose différente de ce "je" qui te préoccupe tant.

Enfin, Tegmark ne s’occupe pas de métaphysique. Ce n’est que moi qui cherche à « récupérer » ses conclusions. Pour lui, la validation de ses théories ne peut se faire effectivement que par l’expérience.
Personnellement, j’aimerais bien me contenter de la physique, des mathématiques, de la biologie pour expliquer le monde. Ce sont des disciplines rigoureuses, qui exigent de la discipline et dont les conclusions sont vraiment concrètes. Malheureusement elles n’expliquent pas tout, je suis obligé de le constater.
Car, le fait que j’existe, je pense, j’ai une conscience, est très mystérieux. Pourquoi moi ? C’est la question que je pose ? Je veux bien croire que la conscience soit le « produit chimique » du cerveau, mais cette hypothèse débouche selon moi sur une contradiction flagrante.
Pour comprendre comment le monde fonctionne, je dois l’appréhender avec le maximum de rigueur. Et cette rigueur m’oblige à constater qu’il y a d’un côté « moi » et de l’autre le reste du monde.

>> Tout d'abord tu n'expliques pas en quoi le fait que la conscience soit un produit du cerveau constitue une "contradiction flagrante". Pourquoi donc ? C'est comme si tu disais que la théorie selon laquelle la vision est un produit des yeux (et du cerveau, d'ailleurs) est contradictoire. Il y a "toi" et le reste du monde ? C'est peut-être ça, le problème. D'un point de vue psychique, tu te vis comme une monade, pauvre ego enfermé dans sa tour d'ivoire et regardant le monde avec inquiétude. Seulement cela, pour toi qui entends faire montre du maximum de rigueur, ne correspond à aucune réalité empirique. La réalité, c'est que ton organisme s'inscrit dans un environnement, que ton 'moi' s'édifie comme un processus d'adaptation constante audit environnement et que le tout participe d'un seul et même mouvement où la séparation que tu évoques a tout d'une vue de l'esprit. Finalement, à te lire, j'ai le sentiment que tes interrogations ne proviennent pas tant d'un souci métaphysique que d'une erreur de perception.

miteny 19/07/2005 15:14

Tu as toi-même écrit que j’aurais pu être quelqu’un d’autre. Par exemple une personne qui n’a ni le même inné, ni le même acquis que moi. Quel est donc ce « je » transposable d’une personne à l’autre ? A mon avis tu ne peux pas dire en même temps « j’aurais pu être quelqu’un d’autre » et « je » dépend de l’acquis et de l’inné.

Les malades d’Alzheimer qui ne sont plus capables de se reconnaître sont encore moins capables de se poser des questions sur l’origine de leur existence. Ils ne sont plus sûrs de rien.
Nous avions dit récemment que la première des réalités est notre existence (j’avais proposé le mot « conscience » mais je ne sais pas si tu étais d’accord). Tu ne peux maintenant qualifier ce « moi », ce cogito, cartésien d’illusion. Si le fait que j’existe est une illusion, alors le monde en est une plus grande.

Enfin, Tegmark ne s’occupe pas de métaphysique. Ce n’est que moi qui cherche à « récupérer » ses conclusions. Pour lui, la validation de ses théories ne peut se faire effectivement que par l’expérience.
Personnellement, j’aimerais bien me contenter de la physique, des mathématiques, de la biologie pour expliquer le monde. Ce sont des disciplines rigoureuses, qui exigent de la discipline et dont les conclusions sont vraiment concrètes. Malheureusement elles n’expliquent pas tout, je suis obligé de le constater.
Car, le fait que j’existe, je pense, j’ai une conscience, est très mystérieux. Pourquoi moi ? C’est la question que je pose ? Je veux bien croire que la conscience soit le « produit chimique » du cerveau, mais cette hypothèse débouche selon moi sur une contradiction flagrante.
Pour comprendre comment le monde fonctionne, je dois l’appréhender avec le maximum de rigueur. Et cette rigueur m’oblige à constater qu’il y a d’un côté « moi » et de l’autre le reste du monde.

Loïc Talmon 18/07/2005 18:48

Je sais quand même que je suis moi et pas quelqu’un d’autre. J’ai certains souvenirs et pas d’autres. Même si j’avais vécu d’autres évènements, je serais toujours moi. Il ne faut pas tout mélanger. Il existe une continuité dans notre perception du monde qu’aucun discours ne pourra nier. N’importe quel personne de n’importe quel peuple a un nom !! C’est tout ce que je veux dire !

>> Sauf que cette illusion de continuité ne tient que grâce au travail permanent de réécriture mnésique, lui-même sous-tendu par l'activité de certaines zones cérébrales. Ce fait s'illustre parfaitement dans la maladie d'Alzheimer : les patients atteints de cette terrible pathologie assistent impuissants à la décomposition de leur identité, qui s'amplifie à chaque nouveau train de souvenirs en partance pour le Léthé. Navré si cette réalité ne correspond pas à ce que tu t'imaginais.

J’aurais donc pu être quelqu’un d’autre, tu l’as dit. Mais « je » dans cette phrase, qu’est ce c’est ? Ce n’est ni l’inné, ni l’acquis (par définition du mot « autre »). Je te pose la question : qu’est ce c’est ?

>> Ah si, je regrette : "je", c'est à la fois l'inné et l'acquis, c'est ce processus perpétuel d'interaction entre inné et acquis, fonctionnant par assimilation/adaptation.

Tegmark ne s’improvise pas du tout philosophe. Il fait de la physique, c’est tout. Il cherche à savoir pourquoi (ou comment) les choses sont tels qu’elles sont.
L’hypothèse multivers est une théorie, c’est tout. Une théorie comme celle de la relativité générale. Les physiciens ont remarqué la formidable capacité des mathématiques à élaborer des modèles capables de prédire les expériences physiques. C’est la raison pour laquelle les cosmologues se permettent d’aller si loin.
Car il y a beaucoup de choses qui restent inexpliqués dans l’univers. La relativité générale n’est pas, par exemple, valable à toutes les échelles (comme la mécanique quantique) : il s’agit donc d’une approximation. Il faut trouver une autre théorie plus appropriée : la théorie des cordes ?

>> La science ne s'occupe jamais du pourquoi, elle n'en a pas les moyens. Je te rappelle que la science ne répond qu'aux questions d'ordre empirique, c'est-à-dire aux questions pour lesquelles il est possible de concevoir une situation expérimentale, de réaliser une mesure. La métaphysique sort clairement de ce cadre. Et si Tegmark ignore cette distinction, il fait erreur, ou cherche à tromper son monde. La différence entre l'hypothèse multivers et la théorie de la relativité générale est que la première reste une spéculation irréfutable tandis que la seconde autorise des tests empiriques et a donné d'excellents résultats. Le fait que la théorie de la relativité générale se heurte à des difficultés, comme les phénomènes quantiques, implique effectivement qu'elle doive être augmentée, révisée, voire même abandonnée... mais toujours au profit d'une autre théorie empiriquement testable. La théorie des cordes, oui, pourquoi pas, puisqu'elle rentre dans cette catégorie justement, même si pour l'instant notre technologie ne nous permet pas de réaliser les expériences nécessaires (mais cela devrait ne plus être le cas très bientôt, avec la construction en 2007 du nouvel accélérateur de particules au CERN de Genève).

miteny 18/07/2005 13:20

Je sais quand même que je suis moi et pas quelqu’un d’autre. J’ai certains souvenirs et pas d’autres. Même si j’avais vécu d’autres évènements, je serais toujours moi. Il ne faut pas tout mélanger. Il existe une continuité dans notre perception du monde qu’aucun discours ne pourra nier. N’importe quel personne de n’importe quel peuple a un nom !! C’est tout ce que je veux dire !

J’aurais donc pu être quelqu’un d’autre, tu l’as dit. Mais « je » dans cette phrase, qu’est ce c’est ? Ce n’est ni l’inné, ni l’acquis (par définition du mot « autre »). Je te pose la question : qu’est ce c’est ?

Tegmark ne s’improvise pas du tout philosophe. Il fait de la physique, c’est tout. Il cherche à savoir pourquoi (ou comment) les choses sont tels qu’elles sont.
L’hypothèse multivers est une théorie, c’est tout. Une théorie comme celle de la relativité générale. Les physiciens ont remarqué la formidable capacité des mathématiques à élaborer des modèles capables de prédire les expériences physiques. C’est la raison pour laquelle les cosmologues se permettent d’aller si loin.
Car il y a beaucoup de choses qui restent inexpliqués dans l’univers. La relativité générale n’est pas, par exemple, valable à toutes les échelles (comme la mécanique quantique) : il s’agit donc d’une approximation. Il faut trouver une autre théorie plus appropriée : la théorie des cordes ?

Loïc Talmon 13/07/2005 17:07

- Tegmark est certainement un grand physicien mais lorsqu'il s'improvise philosophe, je ne peux le suivre bien loin, tout simplement parce qu'il mélange deux registres totalement différents, pour ne pas dire inconciliables : le métaphysique et le physique. Rationnellement, la métaphysique ne saurait recevoir aucune démonstration digne de ce nom ; au mieux, elle a une valeur heuristique et c'est bien ce qui se passe en science : les chercheurs se bornent à l'étude des phénomènes et de leur inter-relation, point. Spéculer sur la nature du monde peut constituer un exercice intellectuel stimulant, mais ça s'arrête là. Je crois que la grande terreur des métaphysiciens réside justement dans l'acceptation de l'aporie : non, nous ne pouvons pas tout savoir, il nous faut donc vivre avec cette dose d'incertitude fondamentale. La science n'a pas vocation à répondre aux angoisses primordiales de l'être humain, simplement à augmenter sa puissance d'agir par la compréhension et par suite la maîtrise des forces aveugles de l'univers.

- Je regrette mais je ne vois absolument pas l'intérêt de ton questionnement : oui, mille fois oui, tu aurais pu être quelqu'un d'autre. Ton existence est contingente, gratuite et n'a d'autre motif que la trame initiée par tes parents. A toi de broder ton morceau de destin avant de disparaître et/ou de passer le métier à tisser à tes descendants. Tu sais, d'autres avant toi ont été saisis par l'absurde de cette réalité et certains en ont même eu la nausée...

- Je trouve que tu vas bien vite en besogne en postulant que tous les êtres humains possèdent la même "sensation d'exister". Tu sais, le 'moi', l''individualité' sont des notions très récentes dans l'Histoire humaine et ne concernent pas, contrairement à ce que tu prétends, l'ensemble de l'Humanité. Dans les sociétés collectivistes, où le groupe prime sur l'individu, je doute que la "sensation d'exister" soit la même que dans les sociétés individualistes où le sujet est roi et le groupe considéré a priori comme un fardeau dont il convient de se défaire. Va demander à un Africain non "occidentalisé" quelles sont ses "croyances", il te regardera avec de gros yeux parce que pour lui le concept de 'croyance' n'a aucun sens : lorsqu'il parle des ancêtres qui accompagnent la vie du village, il tient ces "esprits" pour une réalité. Enfin, tu sembles penser que ton 'moi' est une sorte de noyau dur qui ne change pas avec le temps. Navré de détruire cette idée romantique, mais les psychologues montrent précisément le contraire, à savoir que le 'moi' n'est qu'une fiction sans cesse réécrite au travers du temps avec l'encre de la mémoire, l'impression de cohérence sur le long terme provenant précisément de cet incessant travail de réécriture des souvenirs. Alors, non, tu ne restes pas 'toi' quoiqu'il arrive : 'toi' s'ajuste en permanence aux nouvelles données de l'expérience afin de maintenir une illusion de stabilité nécessaire à la survie de l'organisme.

Cordialement.