L'existence, le bon sens.

Publié le par Miteny

Nous essayons de mettre au point ensemble quelques axiomes. C’est très bien, mais dés le premier, je trouve qu’il y a un problème. 

 « Tout ce qui réfère doit exister ». 

 Oui, mais que signifie exister ? Selon moi, ce terme est ambiguë parce qu’il regroupe des réalités différentes. Il y a deux sortes d’existence. La sienne et celle des autres ou de ce qui est extérieur à soi. 

Comment peut-on dire par exemple qu’un caillou existe ? Parce que des informations arrivent à notre esprit. Selon la pertinence de ces informations, ce dernier décide si oui ou non l’objet a une réalité, qui reste malgré tout extérieure. Par contre l’existence de soi, ce n’est pas la même chose. Qu’est ce qui nous permet de juger de l’existence des choses extérieures ? Pourquoi sommes nous habilités à affirmer que ce caillou existe ? 

 Parce que nous sommes convaincus de notre propre existence, sans vraiment savoir pourquoi[1]. Parce que nous avons conscience de nous-mêmes. Tu as écrit : « L'existence est le fondamental qui te permet justement de demander la définition du terme 'existence' ou de spéculer sur le sexe des anges. » 

Il serait plus juste de dire « l’existence de soi ». L’existence de cette conscience de soi, de ce « moi » est effectivement fondamentale. C’est elle qui nous permet d’affirmer que telle ou telle autre chose existe. 

Je te propose donc de modifier l’axiome 1 de la façon suivante : 

« Tout ce qui réfère doit avoir conscience de soi », ou 

« Tout ce qui réfère peut dire « je », peut distinguer « moi » et les autres. » 

Ainsi, on marque la différence entre l’existence de son propre esprit et l’existence de quelque chose d’extérieur. 

Car enfin, comment je sais que je ne suis pas une illusion ? J’ai envie de reparler de l’hypothèse « Matrix ». Pourquoi qualifies tu cette hypothèse de fantaisiste ? Selon les fonctionnalistes, le cerveau est assimilable à une machine. Un ordinateur serait donc capable d’aboutir aux mêmes performances. Pourquoi ne pas alors imaginer que l’univers est une gigantesque simulation ?  

 

Comment expliquer par exemple l’étonnante précision avec laquelle toutes les forces (gravitation, interaction forte, interaction faible) sont ajustées ? L’intensité de la force électromagnétique et de l’interaction faible ont exactement la valeur nécessaire à l’éclosion de la vie. C’est également vrai du nombre de dimensions spatiales et temporelles observables. Pourquoi ? 

Pour finir, je souhaiterais t’interroger sur la notion d’état mental. 

Qu’est ce que qu’un état mental ? Comment peut-on relier la conscience de soi à un état physiologique ?  

 

PS : Ronan, si tu veux sortir du solipsisme, il te faut peut-être accepter l’existence de Dieu et en tirer les conséquences pour ta vie sociale, économique, politique… (??!!)

 


[1] Descartes s’était posé la même question dès les premières lignes du discours de la méthode en faisant ce simple constat : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée; car chacun pense en être si bien pourvu que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. »

 

 

Publié dans Pas à pas.

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Loïc Talmon 12/07/2005 03:08

tzenga

>> Je ne vois pas l'à propos de tes remarques. La philosophie doit entretenir un rapport étroit avec la réalité et ne pas se perdre dans des nuées métaphysiques, nous sommes d'accord. Mais cela n'empêche pas une conceptualisation de haut niveau qui implique, n'en déplaise aux profanes, un vocabulaire précis et spécialisé. Les mots "barbares" que tu dénonces font pourtant partie de la langue française et reçoivent chacun ici-même, lorsqu'il y a lieu, la définition qu'ils méritent. Finalement, tu nous invites à un retour au "concret", entendre à la mondanité de l'existence quotidienne... qui baigne dans un océan d'inconscience. Sois bien sûr que si tu ne t'occupes pas de philosophie, la philosophie, elle, s'occupera de toi tôt ou tard. Cela dit, je partage ton "agacement" devant la pesanteur réflexive de miteny qui pèche par excès de zèle en séparant radicalement la rationalité philosophique de la rationalité quotidienne.

Cordialement.

tzenga 11/07/2005 22:45

Encore une fois, je suis désolé si j'apparais vindicatif dans mes propos...

Je suis simplment inquiet quand quelqu'un s'interroge sur l'existence du caillou qui est devant lui.

Le questionnement semble tres profond, et c'est inquiétant.

Il n'y a pas cinquante manières de sortir de cette question.

la FOI... en quelque chose d'autre...
ou
l'ACCEPTATION... de notre condition de mortels voués au néant.

Je pense que ton choix est fait et il est respectable.
Le mien est fait également, et il est également respectable.

Mais reste bien les pieds sur terre. c'est le plus important.

Et "les pieds sur terre", cela signifie que LE CAILLOU EXISTE BEL ET BIEN !!!!

Bien a toi

tzenga 11/07/2005 22:28

"Comment peut-on dire par exemple qu’un caillou existe ?"

Comme ça !
"Ce caillou existe !!!"
:-)

C'est tres facile !!!
Quand on ACCEPTE sa condition !!!

Il ne s'agit pas d'accepter une contrainte qui ne serait pas necessaire comme d'accepter un totalitarisme politique, ou d'accepter une contrainte administrative absurde... NON !!!

Il y a bien des choses à ne PAS ACCEPTER en ce monde.

Néanmoins, quand on reflechi sur sa propre existence, comme tu sembles le faire, il y a a ACCEPTER !!!!

"Je pense donc je suis !" de Descartes

doit être immédiatement suivis du fameux
"Je suis donc je suis !" de votre serviteur.

L'hypothese "Matrix" n'est valable que comme une parabole.

L'hypothèse "Matrix" se résume pour moi à "La fourmilière est elle un refuge ou une prison pour mon corps et mon esprit ? Dois je la considérer aussi inéluctable que le bleu du ciel ? ou puis je la remettre en cause ?"

L'hypothèse "Matrix" ne dois pas m'amener sur la route du "Ce caillou existe il ?" car alors, la route est longue vers la raison.

Quand on se pose ce genre de question, il est grand temps de retomber les deux pieds sur terre...
"Les caillou existent !!!"
"Les autres existent !!!"
"J'existe !!!"

"Dieu joue au dés !!!" (a contrario de ce que pensait Einstein)

S'il s'agit ici de s'accorder sur des axiomes, voici les miens :

"j'existe !"
"Tu existes !"
"Il existe !"
"Nous existons !"
"Vous existez !"
"Ils existent !"
...
"ET DIEU NE NOUS SAUVERA PAS !!!"
"Tot ou tard, Nous cesserons d'exister !"

Je ne sais pas si l'utilisation de mot "barbares" amène quelque chose de concret au fait que quand toi,moi et nos conscience n'existeront plus, le caillou dont tu doutes continuera d'exister ???

Veritablement, j'ai l'impression que tu tournes en rond !

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exemples de mots "barbares" : solipsisme, phénoménologique, corrélats cérébraux, notion d’état mental,... et j'en passe...
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PS : j'ai changé de site
http://tzenga.free.fr/wordpress

Loïc Talmon 11/07/2005 18:53

Bien, je vais m'efforcer de répondre à tes questions.

- « Tout ce qui réfère doit exister » : cette phrase de Rorty dit bien ce qu'elle veut dire. Pour se référer à quelque chose (du moins en philosophie, les choses sont différentes en littérature !), il faut que cette chose existe. Plus précisément, pour décider qu'une proposition à propos de quelque chose est vraie ou fausse, il faut que ladite chose existe. Sommes-nous d'accord ? Poursuivons : tout énoncé philosophique implique d'abord et avant tout que le sujet de l'énonciation existe. Et nous voilà reconduit à l'évidence du cogito cartésien : toute pensée est nécessairement sous-tendue par l'existence. Il me semble inutile d'ajouter l'idée d'une "conscience de soi" déjà contenue dans la notion de 'référence'. Quant à l'existence du monde extérieur, je l'ai déjà démontrée dans mon précédent message en réfutant le scepticisme radical. Tu connais peut-être la maxime suivante : "le seul véritable solipsiste est un solipsiste mort"...

- Tu t'étonnes de la précision des forces physiques à l'oeuvre dans notre univers sans réaliser que tu cèdes là à un raisonnement a posteriori : l'univers existe, nous existons et la probabilité que les choses soient ce qu'elles sont semble incroyable mais est en réalité égale à 1 ! Pour mieux te faire comprendre cet apparent paradoxe, je t'invite à faire l'expérience suivante : prends une pièce de monnaie et lance là à dix reprises en notant à chaque fois le résultat obtenu ('pile' ou 'face'). Admettons que tu aies obtenu la séquence suivante : Pile-Pile-Pile-Face-Face-Pile-Face-Pile-Pile- Face. La probabilité d'apparition d'une telle séquence est de 0,0009765625 , ce qui est très faible, tu en conviendras ; et pourtant cette séquence, tu l'as bel et bien obtenue ! Capiche ?

- Enfin tu me demandes de définir un 'état mental'. Je te rétorquerais : de quel point de vue ? D'un point de vue phénoménologique, physiologique, neuronal ? Un 'état mental' peut être défini de bien des manières, selon le niveau d'abstraction où l'on se place. Comment relier la 'conscience de soi' à un état physiologique ? Tout simplement en recherchant de manière systématique les corrélats cérébraux de cette faculté. Mais là encore, tu raisonnes de manière beaucoup trop générale pour que je puisse t'apporter une réponse. En effet, en dépit du fait que tu puisses avoir la sensation que la 'conscience de soi' est quelque chose d'unitaire, en réalité, il n'en est rien. La 'conscience de soi' est la résultante de nombreux processus cognitifs (liés à l'image du corps, au langage, au raisonnement logique, etc.). L'approche phénoménologique est le plus souvent trompeuse.

Cordialement.