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1) Rappel du cogito. Tout ce que je sais cest que jai conscience de voir. Comment je vois, je ne sais pas. Tout ce que me montre la science est peut-être faux, floué (hypothèse Matrix). Je suppose que sans mes yeux je ne verrai pas, mais je ne peux en être totalement sûr (et si un miracle se produisait, par exemple ?). Tout ce que la science croit savoir est très fragile, éphémère.
Je croyais quon était daccord à propos du cogito ? Si tu ne les pas, expliques moi alors ce que signifie pour toi le cogito cartésien.
2) Le poète peut être un scientifique. Tous deux utilisent la même logique humaine. Mais là nest pas le problème. Jattendais une réponse plus précise sur la nature du processus qui permet à la conscience démerger dun système comme le cerveau (que nous connaissons très mal, certes, mais bon on peut imaginer même si en loccurrence, personnellement, jai beaucoup de mal).
3) lesprit nest pas une vapeur. On ne peut en faire un objet « extérieur ». Lesprit, cest la conscience : cest soi quand on réfléchit, quand on ressent une émotion. Cest notre représentation des choses, dont on ne peut se défaire. Cest donc quelque chose de très abstrait mais également de très présent.
Je ne crois dailleurs très judicieux dêtre dualiste. Je serais plutôt idéaliste. Selon moi, seule la pensée existe réellement. Jai envie de citer Hegel :
« La déficience de notre être fini, sa négativité, sont en fait celle de lêtre comme tel. La finitude propre à létant fini est dêtre, car cest lêtre en tant quêtre qui est néant, comme lindique le début de la science de la logique. Hegel na pas de mot trop dur pour évoquer ce caractère passager de lêtre. Dès lors que lêtre comme tel requiert être fondé en sa finitude, il ne peut trouver sa source quen linfinité de la pensée, car sil est passager, cest quil passe et est toujours déjà passé en la pensée. Telle est lidéalité du fini dont parle Hegel dans lencyclopédie.
Car linfinité comme unité de lêtre et de la pensée est une unité dialectique où un terme lemporte sur lautre. Et Hegel indique bien comment lEtre na de sens que par le Concept qui lanime, comme le corps est animé par lâme, tandis quil na en propre que la caducité. Lontologie hégélienne se détermine sciemment comme suppression de lon au profit du logos. Dire que lunité de linfini et du fini est une unité dialectique signifie que cette unité est en mouvement, ce qui nest possible que si, en elle, un terme passe en lautre. Si lêtre a bien pour caractère être justement passager, on comprend que ce soit lui qui passe dans la pensée et qui soit ce terme qui seul est supprimé, tandis quau contraire linfini est conservé. Ainsi, la mise en évidence du caractère négatif de lêtre fini doit en fait mener à la reconnaissance de la finitude de lêtre par rapport à linfinité de la pensée.
La dialectique du fini et de linfini interne au logique en tant que tel, et à cause de ce caractère intérieur, montre donc que seul est conservé lesprit par rapport auquel son autre na de sens que posé par lui, tiré du néant quil a en propre, ou plutôt du sein de linfini pensé, c'est-à-dire du sein de la logique hors delle-même. Tout se déroule en effet en la pensée qui se différencie elle-même dans son mouvement propre, dans la mesure où seul lesprit supporte tout selon lidéalisme absolu de Hegel. »
4) Mon existence est contingente, c'est-à-dire que moi en tant que numéro de sécurité sociale avec une taille précise, un état civil déterminé, suis contingent.
Mais moi en tant que conscience (la partie la plus réelle), non. Car si je sais que le monde existe, cest dabord parce que jexiste. Cest dabord parce que je men suis fait une représentation. Il est évident que le monde existe en dehors de ma représentation, mais il est aussi évident quil mest impossible de savoir si le monde existe ou pas si je nexiste pas. Le monde sans un « je » nexiste pas.
Si le monde existe, alors un « je », un « moi », existe aussi (quon me prouve le contraire !!)
Cest pour ça que je dis que jaurai pu être quelquun dautre. Cest pour ces raisons que ce « je » ne peut provenir du monde contingent et matériel.
Encore un petit de Hegel :
« En effet, pour la pensée pure, penser est bien toujours en même temps être, car être de la pensée est alors de penser. Ce que lon ne saurait dire à propose de lêtre qui, seul, nest pas en même temps pensée. La pensée est donc dautant plus infinie quelle est plus pure, ou plus purement pensée, car alors tout son être se réduit à penser. Si donc pour Hegel linfini est la pensée, et si on peut saisir cet infini que de lintérieur, alors linfini est bien seul, en toute rigueur, à pouvoir se penser et donc se prouver, sexposer. Telle est, on le sait, la tâche de
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2) Je ne peux que te suggérer la lecture des auteurs, tant philosophes que neuroscientifiques, qui se sont penchés sur la question. Si tu le souhaites, je peux te donner quelques références sur le sujet. Personnellement, je considère que la conscience est une propriété émergente du cerveau correspondant à un ensemble de configurations. Je me réclame du fonctionnalisme : j'estime que la 'conscience' n'a rien de spécifiquement humain mais qu'il est au contraire tout à fait possible de la reproduire artificiellement sur différents supports. Pour moi, un état mental n'est qu'un état fonctionnel, renvoyant à une configuration particulière. Le fait que le matérialisme soit profondément contre-intuitif ne signifie pas qu'il soit faux pour autant, au contraire. La majorité des gens se représentent l'esprit comme une vapeur dans la tête, en droite ligne de la conception théologique de l''âme'. Il n'y a guère que les scientifiques pour oser avancer une autre perspective.
3) Je ne sais pas si tu réalises que ton cher Hegel s'érige purement et simplement contre le cogito cartésien que tu défendais tout à l'heure : en effet, dans le passage que tu cites, Hegel n'affirme rien d'autre que la possibilité d'une pensée sans penseur, ce dernier étant voué de toute manière au néant. Seulement, à preuve du contraire et c'est bien ce qu'entendait démontrer Descartes (à mon sens avec succès), le penseur est premier et la pensée seconde. La pensée ne fait que témoigner d'une vérité que je ne peux mettre en doute : celle de mon existence en tant que res cogitans !
4) Hegel et toi semblez avoir quelques problèmes en matière de logique : la pensée n'existe que parce que quelqu'un existe pour la penser ! Or si l'existence est première, c'est donc que le monde existe avant toute pensée et non pas l'inverse. Sauf à postuler une pensée universelle, autrement appelée 'Dieu' que ni toi, ni Hegel, n'avez pour l'instant démontrer.
Le souci cartésine s'intitule "sollipsisme": c'est à dire que, une fois cette vérité découverte, descartes est coincé. J'existe, parce que je pense, mais comment sortir de là ? Les autres, mon corps, les idées, tout ça, ne peut être "garantis" (c'est le terme utilisé dans la troisième méditation) que par dieu, dont la permanance me sauve. Et sans qui je ne suis qu'une bulle de conscience flottant dans le courant du paraitre.
Si vous arrivez à nous faire sortir du sollipsisme, je vous écouterais respectueusement.
>> Personnellement, je pense que Descartes se fourvoie en invoquant 'Dieu' pour sortir du solipsisme alors qu'il existe au moins deux issues beaucoup plus simples :
- Le caractère à la fois auto-réfutant (de par sa définition [1]) et paralysant (de par ses implications [2]) du scepticisme radical : [1] si je dois douter de toute possibilité de connaissance, alors je dois douter également de la possibilité de connaître la vérité quant à la possibilité de connaître (ou du serpent qui se mord la queue) et [2] en pratique, une personne qui adhèrerait vraiment au scepticisme radical se trouverait conduite à une époché telle qu'il lui serait impossible d'agir au quotidien, chose qu'elle fait pourtant malgré tout.
- Le choc des subjectivités : le solipsisme ne tient que si je suis le seul à le défendre. Mais que faire face à un autre qui s'en réclame également ? Comment un tiers pourrait-il déterminer qui de nous deux existe pour de bon ? Autrui constitue donc une réfutation pratique du solipsisme en ceci que si je persiste à le maintenir face à autrui, je me trouve contraint d'admettre que je suis peut-être moi-même un personnage issu de l'imagination de cet autre, ce qui réduirait alors à néant la vérité première chère à Descartes, soit celle de la certitude de mon existence.