Une théorie de la simulation.

Publié le par Miteny

Tu as écrit : « la faculté de 'conscience de soi', le fait que tu aies une 'conscience', une 'sensibilité', une 'subjectivité', dépendent de fait de tout un ensemble de facteurs que nous avons évoqués à de nombreux reprises, qu'il s'agisse des "pré-câblages" génétiques, de la biochimie cérébrale… »

 

Je suis d’accord, il y a un lien très fort entre la machine cérébrale et la conscience. Cela ne signifie pas pour autant que la première soit entièrement cause de la seconde.

J’estime avoir mis en évidence une contradiction, une sorte d’anomalie dans la théorie matérialiste. Il ne suffit pas dire « de fait » pour avoir raison. Il faut prouver.

Mon raisonnement est peut-être, voire sans doute faux, mais je n’arrive pas à trouver la faille. Autrement dit, je n’arrive pas à comprendre pourquoi je suis moi et pas quelqu’un d’autre. Tout simplement parce que j’aurai pu être n’importe qui.

De plus, d’autres hypothèses sont possibles.

On peut par exemple supposer que l’esprit vient de Dieu (conscience éternelle, infinie..) mais a besoin, pour se révéler à lui-même de commencer par être dépendant d’une matière à la fois fragile, brutal et totalement impersonnel, inhumaine.

La matière, qu’est ce c’est ? On ne peut même pas savoir ce que c’est en soi, c'est-à-dire en dehors de la représentation que nous en avons.

Voici un article intéressant pêché sur Internet (site futura-sciences.com news 5132 du 28/12/2004) :

« De deux choses l'une, nous explique le philosophe Nick Bostrom : soit l'humanité est très proche de son extinction, soit vous et moi sommes ("presque certainement") les produits d'une simulation informatique, des personnages de Matrix en quelque sorte, et par définition incapables de savoir si c'est ou non le cas.

Le raisonnement est simple : l'humanité que nous connaissons (si elle ne disparaît pas) parviendra dans relativement peu de temps à produire des ordinateurs et des logiciels capables de simuler l'intelligence et la conscience humaines. Une fois disponibles :

1/ il est plus que probable que quelqu'un décidera de s'en servir.

2/ dans la mesure où ces moyens deviendront de plus en plus faciles à dupliquer, il y aura très vite beaucoup plus d'êtres simulés que d'êtres réels.

Ergo, la probabilité que nous soyons des simulations est très élevée.

Cet argument est représentatif d'un ensemble de "théories de la simulation", portées - sérieusement ou à titre de jeu intellectuel - par quelques dizaines de physiciens (qui étudient notamment l'hypothèse de l'existence de plusieurs "univers parallèles" régis par des lois légèrement différentes), de mathématiciens, de philosophes. »

 

Le raisonnement est à la fois simple et pertinent : nous n’avons pas les moyens de savoir si oui ou non nous faisons partie d’une simulation. On sait déjà que l’information apportée par nos sens peut être reproduit par ordinateur. A quand les mondes entièrement virtuels dans lesquels nous serions plongés 16 heures sur 24 (en attendant 24/24) ?

Si cette hypothèse est vraie alors la démonstration de Descartes pourrait trouver une seconde jeunesse.

-         la matière en soi, on ne sait pas ce que c’est (simulation informatique, particule ?..)

-         par contre, nous savons que nous avons un esprit

-         nous savons aussi que les autres existent et qu’ils ont également la même sensibilité que nous

Partons de nos certitudes pour construire une théorie solide.

Ce que je veux dire, c’est qu’il y a quelque chose d’autre que la matière impersonnel dans la vie de chaque être humain. Tout ce passe comme si l’univers était un système mis en place pour que l’humanité apprenne à trouver le meilleur de sa nature, pour que les consciences puissent se révéler à elles-mêmes pour peut-être n’en former qu’une seule ensuite.

 

C’est facile de dire « mais, c‘est n’importe quoi ! ». N’importe qui peut dire ça. Argumenter, c’est autre chose. L’histoire a montré qu’en général les théories « bien établies » étaient souvent fausses.

Quelques exemples : la terre est le centre du monde, la théorie de la gravité selon Newton… Même la théorie de la relativité n’est qu’une théorie (elle ne s’applique pas pour les très petites dimensions).

 

PS : ne me dites pas « ta démonstration est fausse parce que je l’ai décidé » comme on décide de façon arbitraire que par exemple tous ceux qui ont des chaussures rouges méritent la mort, mais dites moi où elle est fausse, à quel endroit ça dérape.

 

PPS : la conscience est « accrochée » au cerveau c’est vrai. Il y a des liens très forts entre les deux. Pour moi, il s’agirait un peu de 2 choses très étroitement mêlés (il faut encore préciser comment) mais il est ARBITRAIRE de dire le cerveau produit la conscience. Rien ne le prouve.

Si le cerveau est très abîmé, la conscience aussi. Si le cerveau disparaît, la conscience s’en trouve profondément modifié, mais disparaît-elle ?

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

L.C. 01/07/2005 02:00

il y a une phrase marrante ici : qu'est-ce qui me permet de dire que je suis moi, et pas un autre ?
le lieu

note - le cartésianisme, c'est très bien, mais le doute cartésien érigé en mode de vie, c'est un peu absurde

Loïc Talmon 30/06/2005 18:58

Bien. Je reprends à nouveau point par point :

- Tu me dis qu'il existe un lien très fort entre la machine cérébrale et la conscience. Je ne sais pas si tu réalises que tu sous-entends (encore une fois) un dualisme ontologique sans l'avoir démontré au préalable. D'un point de vue tant phénoménologique (ton expérience subjective) que méthodologique (cf. l'irréductibilité des discours que j'ai évoquée auparavant), il y a effectivement un dualisme. Mais tu ne peux pas, à partir de ce simple constat, fonder un dualisme ontologique, sauf en commettant une erreur logique (non sequitur). Tu as le droit d'être têtu, je le suis aussi, mais tu ne peux pas passer outre les principes du dialogue philosophique.

- Si tu entends défendre le dualisme ontologique, tu dois 1) démontrer que la 'conscience' transcende d'une manière ou d'une autre les processus cérébraux et 2) expliquer comment se fait l'interaction entre la 'conscience' et le cerveau (Sir Eccles, le principal neurobiologiste résolument dualiste, n'y a pas réussi, pour l'heure).

- Tu peux imaginer d'autres hypothèses, encore faut-il qu'elles soient réfutables de jure (cf. Popper : afin de prouver la validité d'une théorie, il faut paradoxalement que sa formulation autorise une expérience permettant de la mettre en défaut : si je pose l'hypothèse que "tous les cygnes sont blancs", il suffit que je trouve un cygne noir pour l'infirmer). Il me semble que 'Dieu' n'en fait pas partie. Quant à l'hypothèse "Matrix", elle se rattache au scepticisme radical qui est... irréfutable. Le cogito cartésien constitue la première vérité dont je ne peux pas douter ("je pense, donc je suis") mais il implique une autre question : je ne peux pas douter du fait que j'ai des représentations mais je dois dès m'interroger sur l'origine de ses représentations. Mon 'esprit' ? Mais qu'est-ce que l''esprit' ? Je crains que la définition de ce concept ne soit pas moins problématique que la définition de la 'matière', à ceci près que cette dernière renvoie à de l'empirique et donc permet de tester des hypothèses à son sujet. Par ailleurs, dans l'hypothèse "Matrix", je ne vois vraiment ce qui t'autorise à affirmer de manière aussi péremptoire que "les autres existent". Comment le sais-tu ? Qui te dit que "les autres" ne sont pas simplement des personnages appartenant à un décor monté informatiquement ? Rien, si ce n'est, une fois de plus, ton "intime conviction" qui n'a rien d'un argument philosophique. Inutile de préciser que la question de la sensibilité d'autrui, dans cette même hypothèse "Matrix", ne se pose que bien plus tard, après avoir rigoureusement mis en évidence la réalité de l'existence d'autrui.

Je te laisse ici, avec, sauf ton respect, pas mal de pain sur la planche.

Amicalement.