La conscience de soi, encore.

Publié le par Miteny

Quelques remarques rapides, j’espère qu’elles feront progresser le débat. Je tiens également à remercier Loïc, Tzenga, Fred pour leurs précieux commentaires. J’espère que vous ne m’en voudrez pas en constatant que je n’ai pas changé d’idée.

 

1) Il semble que vous soyez d’accord sur 1 point. La conscience est le produit d’un processus objectif localisé dans une machine biologique très très complexe : le cerveau (conscience modulaire, c'est-à-dire composée d'un ensemble de sous processus dévolus à des tâches spécifiques…).

On ne connaît pas encore toutes les nuances de cette complexité, mais il y a une chose dont on est sûr. Elle est produite par la matière, la vie, par un mécanisme (d’où le mot machine).

 

2) Loïc a écrit « Et pourtant, ta 'conscience' est unique. Pourquoi ? Parce que ton cerveau est lui-même unique ! »

Non ! Ma conscience n’est pas unique. Il y a des centaines de millions de personnes qui ont conscience d’eux-mêmes. Je ne suis qu’une personne quelconque (certains diraient très quelconque). Je n’ai pas de talents particuliers. Qu’est ce que j’ai de différent ! J’aurais pu être n’importe qui. D’un point de vue objectif, je suis absolument quelconque.

 

3) Je réitère mon raisonnement : pour moi, mon corps, mon esprit a quelque chose de très particulier. Il est le seul dont je ressente les processus physiologiques. Pourtant, (d’un point de vue objectif toujours) je n’ai rien d’extraordinaire. Conclusion : la conscience de soi, l’esprit ne peut pas être seulement le produit d’une machine biologique.

Considérer sa propre conscience comme un produit extérieur (à sa propre conscience) est pour moi une erreur. Nietzsche dit « Quelque chose pense, mais que ce quelque chose soit justement l'antique et fameux "je" n’est qu’une hypothèse ».

Pourtant quand je sais quand même que je suis moi, que je ne suis pas quelqu’un d’autre. Si quelqu’un d’autre a mal, souffre, je peux tourner la tête. Mais si c’est mon corps que l’on maltraite, je ne pourrai pas faire comme si de rien n’était.

Je n’aurai mal que si c’est moi qu’on frappe (et qu’on ne me dise que ce raisonnement n’est pas généralisable, bordel !)

Et là est le mystère. On peut se mettre à la place de quelqu’un d’autre, mais seulement grâce à l’imagination. On peut croire que les pensées viennent d’ailleurs, mais elles ne deviennent réelles pour nous que quand on les intègre à notre esprit. Tzenga a dit fort justement : « Dire que tu m'a convaincu, dire que je t'ai convaincu... Cela peut être tout a fait illusoire, tant les mots sont chargés de choses DIFFERENTES pour toi et pour moi. »

 

 

 

PS : « il s'agit simplement d'une conséquence inévitable des limites de notre langage ». Je ne comprends pas cette phrase. Est-ce à dire qu’il y a des choses qu’on ne peut pas comprendre ?? Pourquoi une telle affirmation ?

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tzenga 29/06/2005 10:58

Le phénomène de conscience n'est pas unique !
Les consciences sont uniques !

Il y a partout des fleuves... et on peut leur trouver beaucoup de point commun !!

Mais un fleuve est unique !

Il n'existe nul part ailleurs à l'identique !

Et un battement d'aile de papillon qui engendre un typhon qui lui même provoque des pluies torrentielles qui modifient le cours du fleuve...

ça arrive tous les jours...
dans le monde réel !!!!!

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Tout cela est applicable à l'esprit humain...
Le parallèle est facile !

Exemple :
J'entends un crissement de pneu et un gros boum !

1) Je tourne pas la tête.
La vie continue et je peste simplement contre les chauffards.

2) Je tourne la tête.
J'aperçoit le corps d'un jeune enfant qui à traversé le pare brise et qui gis désarticulé et ensanglanté sur la chaussé... son sang coule au ruisseau...
Je suis irrémediablement marqué par cette image et je m'engage dans une associatiation de lutte contre la violence routière. j'en fait ma vie !!!

Je tourne la tête, je tourne pas la tête...
Ce simple geste peut changer ma vision du monde...
C'est l'effet papillon appliqué à l'esprit humain.

Loïc Talmon 29/06/2005 03:13

Je reprends point par point :

1) Nous sommes d'accord.

2) Tu confonds la faculté de conscience de soi ou capacité de réflexivité propre aux humains et sans doute à quelques autres mammifères avec la 'conscience' définie comme l'ensemble des caractéristiques qui font que tu es toi et pas un autre. Oui, tu aurais pu être n'importe qui, mais la contingence de ta naissance est hors de propos. Ce dont nous traitons ici, c'est de ton unicité. Tu es toi de manière irrémédiablement unique. Personne ne peut prétendre savoir à ta place ce que tu penses, ressens, perçois. Ton expérience du monde est unique, parce que ta subjectivité est unique.

3) Tu réitères la confusion perpétrée en 2). La faculté de 'conscience de soi' participe des mécanismes propres à l'espèce, comme le langage articulé, par exemple. Et ces capacités s'expliquent très bien dans le cadre de processus objectifs. En revanche, ton expérience phénoménologique privée, ta subjectivité, cela t'est particulier et relève de l'ineffable. Impossible pour quelqu'un d'autre que toi de savoir ce que tu ressens exactement devant une oeuvre d'art. Impossible pour quelqu'un d'autre que toi de connaître le sens précis que tu donnes à tel ou tel terme lors d'une discussion philosophique... ;-)

Quant aux limites de notre langage dans toute approche de l'esprit, je prendrais un exemple simple : lorsqu'un neuroscientifique visualise, par l'intermédiaire d'une technique d'imagerie, ce qui se passe dans le cerveau d'un individu en train de parler, il use d'emblée d'un vocabulaire psychologique pour désigner une réalité neurophysiologique. Ainsi, il peut expliquer que "l'aire de Broca est dévolue à la production du langage". Dans cet énoncé, le passage du cérébral (aire de Broca) au psychique (production du langage) reste dans l'ombre, parce qu'il y a irréductibilité des discours : notre chercheur ne peut (à ce jour) que se borner à évoquer des corrélats entre neural et psychique. A noter que certains matérialistes dits "éliminativistes" pensent qu'il faut abandonner tout descriptif psychologique, considéré comme "naïf" au profit d'un strict discours neurophysiologique (cf. les travaux de Paul et Patricia Churchland).