Un aspect de l'argument ontologique.

Publié le par Miteny

L’objectif de ce paragraphe est de déterminer si « la matière est cause de la conscience ». J’utiliserai pour ce faire une méthode rigoureuse et rationnelle, en procédant étape par étape.

 

  

I.1. Définitions.

 

Voici les définitions que je me permets de préciser (ou d’introduire). J’espère que vous les trouverez pertinentes.

 

La matière.

J’entends par « matière » tout ce qui est du ressort du monde sensible, à savoir cet ensemble formé par les diverses particules (et autres ondes) découvertes par les scientifiques. Cet univers est régi par des lois physiques et mathématiques, universelles. En effet, rien n’est plus semblable à un atome qu’un autre atome. Rien n’est plus semblable à un courant électrique… qu’un autre courant électrique…

 

La conscience.

La conscience peut se définir comme étant cette « chose » qui nous permet d’avoir des idées et de pouvoir dire « j’existe », de pouvoir ressentir ce sentiment si particulier (et si propre à chacun) qui est celui du « moi ». Bref, ce qui nous permet de nous différencier de « l’autre ».

 

 

 

I.2. Quelques propositions.

 

Proposition 1a : « La conscience est universelle. Autrement dit, son existence au sein d’une personne ne s’explique ni par l’acquis, ni par l’inné. ».

 

Proposition 1b : « La matière et les lois qui la gouvernent sont impersonnelles et générales. ».

 

Proposition 1c : « Quelques soient mes idées, mes pensées, ma vie, je serai toujours coincé dans une seule et même entité : moi. Mon corps a donc quelque chose de très particulier pour moi. Mon cerveau par exemple, est le seul cerveau dont je ressens les mouvements électrochimiques. »

 

  

 

I.3. Démonstrations.

 

Proposition 1a.

J’aurais pu être chinois, indien, africain, j’aurais pu être une femme ou un handicapé (etc..), n’importe qui, et avoir toujours conscience de moi.

Je pense que sur ce point, tout le monde sera d’accord. Celui qui contesterait ceci serait dans l’obligation d’affirmer que certains humains n’ont pas conscience d’eux-mêmes et ne savent donc pas qu’ils existent ! (Cette supposition horrible a déjà été formulée… notamment par les partisans de l’esclavage).

Par conséquent, le fait de savoir que je suis moi ne dépend ni de mon origine, ni de la façon dont j’ai été éduqué. La conscience est universelle. Il n’y a donc rien, ni dans mes gènes, ni dans l’environnement qui a forgé ma personnalité, qui soit à l’origine de l’existence de ma conscience.

CQFD

 

Proposition 1b.

Cela est évident. En effet la physique se base sur la science mathématique pour expliquer le monde. Or cette dernière est par nature impersonnelle. Tout objet mathématique a une définition précise : si deux objets ont la même définition, ils sont égaux.

De plus il est absurde d’affirmer que les lois de la physique ne sont pas les mêmes d’une personne à l’autre (leur ressentiment sans doute, mais cela est une autre histoire).

CQFD

 

Proposition 1c.

Est-il vraiment nécessaire de démontrer de telles évidences ? Il faut comprendre que quelque soit notre raisonnement, nos idées, chacun d’entre nous reste bloqué dans sa conscience. Si nous pouvons nous considérer nous-même en tant qu’être humain quelconque, c’est seulement grâce à notre imagination, notre capacité de transcendance.

CQFD

 


 

I.3. Examen de l’hypothèse matérialiste.

 

Formons l’hypothèse que l’origine de la conscience (humaine, voire animale) est d’ordre physique. C'est-à-dire que les mouvements de matière et d’énergie du cerveau sont les seuls phénomènes qui permettent d’expliquer l’existence de la conscience en général et de la mienne en particulier. Cet état de choses est généralement admis dans le monde scientifique.

 

Selon la proposition 1b, il n’y a aucune raison qu’il existe une différence entre mon corps et celui d’un autre, entre mon cerveau et celui d’un autre.

Or, si l’on considère la proposition 1c, c’est le contraire que l’on constate. Mon corps, mon cerveau, mon âme enveloppent totalement ma conscience. Je ne peux m’en libérer. Il existe, de fait, une énorme différence entre mon corps et celui d’un autre.

De plus, selon la proposition 1a, il est absurde d’affirmer que je suis le seul être humain à avoir conscience de moi.

Par conséquent, affirmer que « les mouvements de matière et d’énergie du cerveau sont les seuls phénomènes qui permettent d’expliquer l’existence de la conscience » est absurde, illogique : cette hypothèse débouche sur une contradiction flagrante.

 

 

I.4. Conclusion et perspectives.

 

La déduction précédente, chacun de nous peut se l’approprier. Cependant, elle pose un problème. Car si la matière cérébrale (et avec elle les lois de la physique) n’est pas à l’origine de la conscience, qu’est ce qui explique son existence ?

Doit-on admettre que la conscience ne peut être conçue que par une autre conscience, divine celle-là ?

C’est la question à laquelle j’aimerais qu’on me réponde. Mais avant cela, il me faut intégrer toutes les remarques concernant cette première étape. Il ne faudrait pas que, dès la partie 1 de mon raisonnement, je m’engage sur une fausse piste.

Publié dans Impressions diverses.

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tzenga 26/06/2005 17:59

Proposition 1a) Pour moi, pour être conscient, il ne suffit pas d'être conscient de soi (donc différent de l'autre) il convient aussi d'être conscient que l'on est mortel (donc similaire à l'autre, à l'animal, à l'arbre, à tout ce qui vis...)
Cette conscience là, qui me semble d'une autre nature que la simple conscience de soi... je pense que tous les humains en sont capables... ils n'en sont pas tous forcement conscient... Car le tabou de la mort, est une chose tres forte dans nos sociétés, qui bride la réflexion et donc la prise de conscience. Néanmoins, je reste persuadé que tous les humains en sont CAPABLES !!!

Proposition 1b) J'ai toujours dis sur ce blog, que cette prosoition ne pouvait servir à introduire un élément extérieur (en l'occurence dieu) pour justifier de la différence de nos "moi". Pour moi, le non-déterminisme au niveau microscopique... associé à l'effet papillon... suffit à faire de nous des êtres différents mentalement même si matériellement, nous sommes strictement égaux !!! Comme dirais je-ne-sais-plus-qui "Dieu ? je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse pour arriver a mes conslusions !"

En matière de spiritualité, le "CQFD" est nusible à la discussion et même à la réflexion personnelle : il faut être capable de TOUT remettre en cause à TOUT moment ! C'est tres important !!

Loïc Talmon 23/06/2005 18:57

Tout d'abord, merci pour le dernier commentaire que tu as laissé sur mon blog. Je suis flatté que tu soumettes ta démonstration à mon oeil critique. Allons-y :

- Définition de la 'matière' : tu introduis d'emblée un dualisme ontologique en parlant de monde "sensible" (sous-entendu : à distinguer d'un monde "suprasensible"). Il serait plus honnête intellectuellement de t'en tenir à un dualisme méthodologique en opposant ce qui relève de l'empirique (susceptible de mesure et/ou de formalisation, au moins de jure) et ce qui relève du rationnel (les concepts formés par notre entendement).

- Définition de la 'conscience' : sauf ton respect, ta définition n'en est pas une. Tu te bornes à ranger des énoncés descriptifs de type phénoménologique dans un même tiroir avant de le refermer et de lui coller l'étiquette de "conscience". Bref, tu es empêtré dans la circularité. Définir un concept suppose de déterminer 1) la classe à laquelle il appartient et 2) ce qui le différencie de tous les autres membres de la classe considérée. Exemple classique (Aristote) : 1) "L'homme est un animal" 2) "L'homme est un animal rationnel".

- Proposition 1a : en quoi le fait que la conscience soit universelle implique-t-il que cette dernière ne relève ni de l'inné, ni de l'acquis ? Tous les chats ont une moustache : dois-je en conclure, selon ta logique, que la moustache des chats est d'essence divine ? Du reste, un handicapé mental, un cérébro-lésé, un psychotique ont-ils conscience d'eux-mêmes de la même manière que les êtres humains "normaux" ?

- Proposition 1b : une loi n'est-elle pas par définition impersonnelle et générale ? ;-)

- Proposition 1c : le dualisme ontologique repointe à nouveau le bout de son nez, toujours sans plus d'explication...

- Examen de l'hypothèse matérialiste : tu omets tout un pan de ladite hypothèse ! Par exemple, l'héritage génétique qui modèle le cerveau de chaque individu et partant, détermine sa conscience. Ou encore l'ensemble des interactions avec autrui que tout être humain connaît dès sa naissance et qui permettent l'actualisation des "pré-câblages" cérébraux dévolus à la faculté de conscience (exemple de l'inhibiteur de violence (p. 13), un module cognitif génétiquement préparé dont la fonction, le développement du sentiment d'empathie, ne s'exerce que sous l'effet des interactions avec autrui).