Lundi 1 août 2005

Tu as écrit : « J'use de ma raison pour parvenir à la certitude de mon existence (cf. le cogito !) et j'use également de ma raison pour parvenir à la certitude de l'existence d'autrui (réfutation pratique et inévitable du solipsisme et du scepticisme radical). »  On utilise toujours sa raison (au sens large), même pour faire de la poésie. Si l’exercice auquel je m’astreins est différent, c’est toujours mon esprit (et rien d’autre) qui travaille. 

Tu as écrit : « Le fait que tu sois conscience d'emblée (primauté phénoménologique de l'esprit) ne dit rien sur la nature de cette conscience et implique […] une approche objective. » 

Pourquoi ? Pour ma part, intuitivement, j’aurais plutôt écrit « approche subjective ».

 Avoir une approche objective à propos d’une chose suppose que l’on considère cette chose comme objet extérieur. Ce genre de méthode est tout à fait adapté aux mathématiques, à la physique… mais franchit la limite de son domaine de validité lorsqu’elle s’attaque au problème de l’origine de la conscience.  J’use toujours de ma raison, de mon esprit. Je n’utilise ni l’esprit de quelqu’un ni une raison impersonnelle qui viendrait d’ailleurs. Quand je raisonne, ce n’est toujours que moi qui raisonne. Peut-on considérer sa propre raison, sa propre conscience comme quelque chose d’extérieure à … sa raison ?  

 

A mon sens, le point de vue objectif ne peut être proféré ici que par quelqu’un qui n’aurait pas de « moi », pas de « sentiment d’exister » personnel. 

Je pense que tu ne seras pas d’accord. A quel endroit donc mon argumentation est-elle abusive ?

 

 

par Miteny publié dans : Pas à pas.
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Vendredi 29 juillet 2005

Tu as écrit : « La certitude de ton existence est une vérité première, ainsi que le montre le cogito. La certitude de l'existence d'autrui (au sens large) se déduit indirectement de l'évidence intuitive du cogito : le solipsisme et le scepticisme radical sont irréfutables en théorie mais réfutés en pratique. » 

Je pense aussi qu’il y a une différence fondamentale entre la certitude de ma propre existence et celle des autres. Par exemple, il peut arriver que des rencontres, des situations soient finalement considérées comme ayant été des hallucinations soit parce que les autres les jugent comme tel, soit parce qu’elles ont effectivement été imaginés par notre esprit. Je veux simplement dire par là qu’il peut toujours y avoir un doute quant à l’existence de l’autre, des choses, mais qu’en ce qui concerne soi-même, c’est impossible. 

Par conséquent j’irai jusqu’à dire que, pour moi (de mon point de vue), mon existence n’est pas de la même nature que l’existence des autres. 

Par contre, d’un point de vue objectif, mon sentiment d’exister n’est pas unique, mais au contraire, affreusement banal. Ainsi, toujours de ce point de vue, il est tout à fait raisonnable de penser, à l’instar des fonctionnalistes, que le sentiment d’exister peut être le produit du cerveau, c'est-à-dire qu’il existe un « mécanisme » rationnel à l’origine de cette perception : les mêmes causes (nos cerveaux) ont les mêmes effets (sentiments d’exister). Il existe évidemment des différences entre les cerveaux, qui peuvent être importantes. Mais ce n’est pas le sujet ici. Car, globalement, la plupart des cerveaux produisent à peu près le même sentiment d’exister (tu es d’accord là-dessus me semble-t-il, puisque tu as confirmé).  

 

Donc, d’un point de vue objectif, l’hypothèse fonctionnaliste est tout à fait recevable. Le point de vue objectif considère tout ce qu’il étudie comme des objets extérieurs, impersonnels. 

Je te demande aujourd’hui sur quels points de cette analyse tu es en désaccord. Je pense sincèrement n’avoir fait ici aucun sous-entendu ontologique. J’essaie de poser le problème.

 

 

par Miteny publié dans : Pas à pas.
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Mercredi 27 juillet 2005

Le cogito n’est donc pas une fiction. Mais selon toi, le « je » du cogito, oui. Je ne comprends pas. Qu’est ce alors que le cogito ? 

J’ai écrit : « Le monde sans un « je » n’existe pas. » Oui. A chaque fois que le monde est pensé, représenté, il l’est par quelqu’un. Ce que me permet de savoir que le monde existe, que j’existe, c’est mon esprit, mon cogito. Imaginer un monde où je ne suis pas, ça, c’est une fiction. Car, à partir du moment où ce n’est plus une fiction, cela devient la réalité et dans la réalité, j’y suis (non ?). 

Néanmoins, le monde existe en dehors de notre représentation, c’est (quasiment) certain. Mais que savons nous de ce monde là ? Rien, ou presque. Il y a tant de questions qui n’ont pas de réponse. Peut-être existe-t-il d’autres planètes habitées par d’autres créatures intelligentes. Je ne le saurai probablement jamais. Il y a beaucoup de choses que je ne saurai probablement jamais. Je (en tant qu’esprit rationnel) suis limité, « enfermé » dans une expérience particulière. 

Tu es d’accord pour dire que c’est l’esprit qui te permet de savoir que tu existes. Mais quel esprit ? Ton esprit ? Peux-tu me préciser ce que tu entends par esprit, s’il te plaît. 

Je ne me considère pas comme un esprit universel, l’incarnation de la raison mais simplement comme un esprit particulier capable d’utiliser la raison et qui aurait pu être quelqu’un d’autre. Mon sentiment d’exister n’est quand même pas unique ! Alors pourquoi est-il « coincé » dans ce corps là ?

 

 

par Miteny publié dans : Pas à pas.
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Lundi 25 juillet 2005

Tu as écrit « J'ai en effet parlé de joutes parce que pour moi le débat philosophique est un combat, mais un combat entre idées, pas entre personnes. En ce sens, il ne s'agit pas d'un concours destiné à gratifier narcissiquement celui qui aura finalement raison de/sur l'autre. Peu importe qu'une idée valable soit formulée par Loïc Talmon ou par n'importe qui d'autre si elle trouve un écho suffisant pour être entendue par le plus grand nombre. » 

 Et je trouve que tu as tout à fait raison. Je rajouterai que s’il faut bien sûr respecter les personnes, il ne s’agit pas pour autant de respecter leurs idées. Une idée peut s’avérer fausse, incomplète. Quoiqu’il en soit, elle est souvent éphémère. Il me paraît plus judicieux de respecter avant tout la raison, la vérité, la logique. Il faut s’incliner devant elle. Car vouloir s’accrocher à son idée, sa croyance aux dépens de l’amour de la vérité, c’est mentir à soi-même et aux autres. Et la Bible ne dit-elle pas que le mensonge est le père de tous les crimes ?  

 

Pour en revenir à mon problème (la nature de l’univers pris absolument), j’ai écrit : « Bref le cogito n’est pas l’« invention » d’un esprit trop paranoïaque, puisque chacun d’entre nous l’utilise, à chaque instant. Si tu nies cela, je te demande de m’indiquer quel est selon toi l’instrument qui te permet de juger de ton existence et de l’existence d’une chose en général. »

 Tout est concept. Chacun d’entre nous appréhende la réalité à l’aide de concepts. C’est grâce à eux que l’on peut se faire une représentation du monde et que l’on peut communiquer. Même l’existence est un concept… 

Je suis d’accord avec l’axiome d’existence. Mais j’aimerais savoir quel est selon toi l’instrument, l’outil qui te permet de savoir que tu existes et que l’autre existe. Je ne crois pas que tu m’aies répondu (ou alors j’ai encore une fois mal compris). Peux tu le faire s’il te plaît, parce que je n’arrive pas bien à te saisir ?

 (Descartes en vient à une certitude : le doute implique nécessairement l'existence… de l’esprit !)

 

 

par Miteny publié dans : Pas à pas.
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Vendredi 22 juillet 2005

Mon raisonnement peut paraître répétitif, lourd, englué, borné, confus, misérable… J’en suis désolé. Néanmoins je persiste à vouloir comprendre, discuter. Il vaut toujours mieux faire de tout petits pas dans la bonne direction que de grands pas dans la mauvaise. 

Pour te faire mieux comprendre mon point de vue, je ne te poserai aujourd’hui qu’une question : l’outil qui te permet de savoir que tu existes, quel est-il ? (1) 

Comment peux tu être sûr que tu existes ?

 A mon avis, sans ton esprit, sans ta conscience, tu ne pourras pas savoir que tu existes. Elle est donc nécessaire (est-elle suffisante ? c’est un autre problème).  Tu dis que le « je » du cogito existe, mais que c’est une fiction. Tu as écrit « fiction renvoie à l'idée de construction, d'artéfact. Le "je" du cogito est le produit d'une méthode : le doute cartésien. » 

Non. Car le doute cartésien a pour objectif de révéler une réalité à savoir que sans la conscience, sans l’esprit, tu ne pourrais même pas prétendre que le cogito est une fiction.  Bref le cogito n’est pas l’« invention » d’un esprit trop paranoïaque, puisque chacun d’entre nous l’utilise, à chaque instant.  Si tu nies cela, je te demande de m’indiquer quel est selon toi l’instrument qui te permet de juger de ton existence et de l’existence d’une chose en général.

Pour toi, seul l’axiome d’existence est certain. « Tout ce qui réfère doit exister ». Certes. Mais qu’est ce que cela veut dire ? Peux tu me préciser le verbe « référer » ?  

 

Ensuite la question sera de savoir si cette conscience de soi, ce cogito, ce sentiment d’exister est uniquement le produit du cerveau.  Mais en attendant, je te demande de bien vouloir répondre à la question 1.

 

 

par Miteny publié dans : Pas à pas.
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Mercredi 20 juillet 2005

Je m’étonne car tu as écrit « Il n'y a pas de continuité et encore moins de lien entre le "je" que tu es ici et maintenant et le "je" que tu aurais pu être tel que tu l'imagines ici et maintenant. »  Que signifie alors la phrase « j’aurais pu être quelqu’un d’autre » ? 

Le "je" ne désigne pas qu’un pronom personnel[1]. Il désigne quelque chose d’essentiel pour moi. Quand mon corps est frappé, des stimulations électriques (ou électrochimiques, peu importe) provoquent un état mental de souffrance qui me pousse à réagir. Cet état mental, je le ressens, j’en ai conscience. Ce « je » est une véritable réalité. 

Tu as écrit : « L'existence, fondement de toute réalité, est une chose différente de ce "je" qui te préoccupe tant. » D’accord, mais l’existence de quoi ? L’existence en soi ne veut rien dire.

 Je ne comprends pas de quelle façon tu appréhendes le doute cartésien. Tu postules que n’importe quel corps a le même degré d’existence. Mais pour qui ? Car pour chacun d’entre nous, c’est faux. Nous ne sommes que de pauvres êtres humains obligés d’avoir une vision particulière du monde. Il y a certaines choses que l’on connaît et d’autres que l’on connaît moins. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous sommes enfermé dans un « moi », une personne.  

 

Je veux bien croire que je suis dans l’erreur, mais pour l’instant je n’ai pas de preuves convaincantes.  Postuler que le cogito est une fiction ne suffit pas. Il faut en fournir la preuve.

 Bref, pour conclure, je te poserai une question : comment fais-tu pour ne pas être en accord avec le « cogito ergo sum » (Je pense donc je suis) de Descartes ? Encore une fois je trouve que tu postules trop facilement que n’importe quel corps a le même degré d’existence. C’est vrai d’un point de vue général. Mais ce point de vue général, ne serait-ce pas pour le coup une illusion ?

 

 



[1] Et d’ailleurs ça ne veut rien dire. Ce n’est pas parce que je dis que « tomate » est un nom commun que j’ai expliqué ce qu’est une tomate.

 

 

par Miteny publié dans : Pas à pas.
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Mercredi 13 juillet 2005

Bien sûr que je ne peux qu’imaginer être quelqu’un d’autre (je ne peux l’être réellement). Mais là n’est pas la question. J’aimerais savoir si j’aurais pu être quelqu’un d’autre. 

 

Il me semble que tous les hommes ont en gros la même sensibilité, la même sensation d’exister. De plus, la communication entre êtres humains est assez puissante, de sorte que l’on est capable de comprendre assez profondément ce que ressentent les autres. Je peux me sentir très proche de plusieurs personnes (et même d’un très grand nombre si je connaissais les 6 milliards d’habitants de la terre, la barrière de la langue mis à part).  

C’est la raison pour laquelle la réponse à cette question est pour moi oui. Je n’ai rien de fondamentalement différent. Je serais même plutôt banal. J’aurais pu mourir à l’âge de quelques mois, mais les médecins m’ont sauvé. J’aurais pu être moins intelligent, ou plus intelligent.  

 

Ma transcendance est une vue de l’esprit. Certes, mais elle existe. C'est-à-dire que je suis capable de définir un « moi » indépendant de la contingence de ma naissance. 

En effet, ce « moi » ne dépend pas de ma nationalité, de l’époque à laquelle je suis né. J’en suis convaincu. Pourquoi ? Parce que justement je constate que les autres ne sont différents de moi que par des détails. Même les peuples les plus éloignés de ma culture d’origine sont constitués de personnes ayant la même faculté d’imagination, de transcendance. Ils ont la possibilité d’identifier au sein de leur personnalité une « partie profonde » qui aurait pu « être ailleurs ».  

 

Alors, avant d’aller plus loin, je te pose la question suivante : 

Ce « moi » (qui est une vraie réalité pour chacun d’entre nous) dépend-il des avatars de mon expérience, de l’acquis et de l’inné ou est-il commun et essentiellement identique pour tous ? 

Attention : je n’évoque pas ici l’ensemble de ma personnalité avec tous ses détails mais ce que je définirais comme « ma sensation d’être », qui existe quelque soit les péripéties de ma vie : dans quelques années, peut-être que j’irai vivre à Madagascar, aux USA. Peut-être resterai-je en France. Mais quoiqu’il arrive, je resterai moi, j’en suis sûr.

 

 

par Miteny publié dans : Pas à pas.
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Mercredi 13 juillet 2005

J’ai pris la liberté de copier ici quelques extraits d’un article de Max Tegmark, professeur de physique et d’astronomie à l’université de Pennsylvanie.

 « Les conditions initiales et les constantes physiques des multivers de niveaux 1,2 et 3 peuvent varier, mais les lois fondamentales qui gouvernent la nature restent les mêmes. Pourquoi s’arrêter là ? Pourrait-il y avoir un univers obéissant aux lois de la physique classique, sans effets quantiques ? Ou bien un temps progressant par étapes au lieu d’être continu ? Dans le multivers de niveau 4, toutes ces possibilités existent.

Avant de rejeter cette possibilité au titre d’élucubration, nous devons considérer la correspondance entre les domaines du raisonnement abstrait et de la réalité observée. Les équations, et plus généralement les structures mathématiques, tels les nombres et les vecteurs, décrivent le monde avec une « déraisonnable efficacité » selon le physicien Eugene Wigner. Réciproquement, une étrange impression de réalité émane des structures mathématiques. Elles satisfont à un critère général d’objectivité : elles sont les mêmes quelle que soit la personne qui les étudie. 

Pour expliquer la correspondance entre les mathématiques et la physique, deux paradigmes s’opposent. Selon le premier, dit paradigme aristotélicien, la réalité physique est fondamentale et le langage mathématique n’en est qu’une approximation utile. En revanche, le paradigme platonicien affirme que la structure mathématique est la véritable réalité, les observateurs ne la percevant qu’imparfaitement. Pour un aristotélicien, la question de savoir pourquoi l’Univers est tel qu’il est n’a pas de sens : l’Univers est, tout simplement. Un platonicien, quant à lui, ne peut s’empêcher de se demander pourquoi il n’aurait pas pu être différent. Si l’Univers est mathématique par sa nature, pourquoi alors une seule parmi les innombrables structures mathématiques a-t-elle été choisie pour le décrire ? Le cœur même de la réalité semble être le fruit d’une asymétrie fondamentale.  

 

Afin de sortir de cette situation peu satisfaisante, j’ai proposé que la symétrie totale soit préservée : toutes les structures mathématiques existent également physiquement. Chaque structure mathématique correspond à un univers parallèle. Les éléments de ce multivers ne résident pas dans le même espace, mais existent en dehors de l’espace et du temps. La plupart d’entre eux sont probablement dénués d’observateurs. Cette hypothèse peut être vue comme une sorte de platonisme radical, affirmant que les structures mathématiques du monde des idées existent toutes dans un sens physique. L’hypothèse du multivers de niveau 4 conduit selon moi à des prédictions vérifiables. […] Des progrès conjugués en astrophysique et en physique des hautes énergies devraient éclaircir l’existence d’une coïncidence ou non dans l’ajustement des constantes fondamentales, ce qui décidera de l’avenir du multivers de niveau 2. […] Enfin, le succès ou l’échec du grand défi de la physique moderne (l’unification de la relativité générale et de la théorie quantique des champs) fournira des arguments (pour ou contre) le niveau 4. Soit nous trouverons une structure mathématique qui correspond exactement à notre Univers, soit nous nous heurterons à une limite au-delà de laquelle prend fin l’incroyable efficacité des mathématiques et nous devrons abandonner ce niveau. »

 Alors, toutes les structures mathématiques existent-elles aussi physiquement ? Le monde est-il platonicien ? Voilà des perspectives intéressantes. Si l’existence du multivers de niveau 4 était avérée, alors on pourrait voir là un vrai lien entre la physique et la métaphysique. Car enfin si le monde pris absolument est l’ensemble des structures mathématiques, c'est-à-dire l’ensemble de ce que la logique peut imaginer, on peut se demander pourquoi un lien si étroit entre l’esprit humain et l’univers existe.

 

par Miteny publié dans : Science.
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Mardi 12 juillet 2005

Il est vrai que ma pesanteur réflexive est agaçante. Je vais donc essayer d’être plus clair, plus concis. 

J’ai envie de reparler ici de mon principal problème, à savoir mon existence. Oublions Dieu et Descartes pour l’instant. Je vais même essayer d’être un bon fonctionnaliste ou, tout du moins, de faire appel le plus possible à l’explication physique, physiologique des choses. 

Il existe chez chacun de nous, une conscience de soi, transcendantale (produit du cerveau selon les fonctionnalistes) qui nous permet de dire « j’existe », de nous considérer comme un être humain parmi tant d’autres, bref de « sortir » de soi pour se regarder comme être humain n°12645461…  

 

D’autre part on parle du cerveau comme étant une formidable et puissante machine biologique. La conscience n’existerait que parce que le cerveau est activé, « en marche ». Cependant ce dernier n’avait pas pour objectif de se penser soi-même. La conscience apparaît parce que le cerveau s’est trouvé doté de cette faculté. Il n’est qu’un assemblage de processus qui, pris indépendamment les uns des autres, sont parfaitement inconscients d’eux-mêmes. 

C’est la raison pour laquelle je ne pense pas me fourvoyer quand j’affirme que le cerveau ne fonctionne que grâce à des processus objectifs, des schémas que l’on pourrait mettre en équation. Néanmoins on me dit « le cerveau n’est pas un ordinateur ». Certes, mais si les ordinateurs étaient faits de composants biologiques, dirait-on la même chose ? 

Je lisais récemment sur Internet (à propos des grandes énigmes de la science) : 

« Les rédacteurs ont finalement retenu 125 questions et se sont penchés sur les 25 qui avaient une chance d'être résolues, ou dont on savait au moins comment aborder la résolution, ces 25 années à venir. Elles comprennent :

De quoi est fait l'Univers ? Ces dernières décennies, les cosmologistes ont découvert que la matière ordinaire qui forme les étoiles et les galaxies représente moins de 5 pour cent de tout ce qui existe. De quelle nature est la matière "sombre" restante ? 

Quelles sont les bases biologiques de la conscience ? Contrairement à ce que déclarait René Descartes au XVIIe siècle, que le corps et l'esprit étaient entièrement séparés, la nouvelle conception est que tout se qui se produit dans notre esprit résulte de processus cérébraux. Mais les scientifiques commencent à peine à les dévoiler.

Pourquoi les êtres humains ont-ils aussi peu de gènes ? Une fois que le génome humain a été séquencé à la fin des années 1990, les biologistes se sont aperçus avec surprise que nous n'avions qu'environ 25.000 gènes, à peu près autant que la plante à fleur Arabidopsis. Comment ces gènes sont régulés et exprimés dans le détail est une question centrale de la biologie… »

 Le cerveau est composé de neurones, au fonctionnement très physique, encore une fois. Peu importe sa complexité. Quelles sont les bases biologiques de la conscience ? Telle est la question, sans doute. Mais le cerveau reste pour les fonctionnalistes, une machine biologique.

Je suis capable de transcender ma condition et de m’imaginer être quelqu’un d’autre, être né ailleurs. Je pourrais être n’importe qui, ou presque. Ce « je » est un processus cérébral que rien ne distingue d’un processus cérébral équivalent d’un autre cerveau. Alors pourquoi suis-je français, né au 20ième siècle ? Pourquoi est-ce que je suis né dans cette ville en particulier ? Pourquoi ? Pourquoi personne ne veut répondre à ma question ? 

Peut-être que ma question est une fausse question, une illusion. Mais alors qu’on m’explique ! Je veux qu’un scientifique me réponde rationnellement.  Sinon, peut-être me diras tu « être né quelque part, c’est toujours un hasard ».

  

 

Sauf ton respect, je crois que tu n’as pas très bien compris ce que je disais à propos des constantes de l’univers. Pour reprendre l’analogie avec les « pile ou face », notre univers est assimilable à une série « pile face pile pile pile … » qui, si un des éléments se trouve changer, n’est plus « viable ». 

Je n’ai pas inventé cette information. Voici un extrait de ma source.  

 

 

 

 Le magazine scientifique en question parle de certaines théories (multivers) pour expliquer ces coïncidences cosmiques. Ce ne sont que des théories car les cosmologues sont pour l’instant incapables de vérifier leurs spéculations. Cependant, il sera peut-être bientôt possible de connaître davantage le rayonnement fossile du big-bang et éventuellement d’en déduire la géométrie de l’univers et bien d’autres choses (en tout cas d’après ce que j’ai compris).  L’hypothèse multivers est tout de même intéressante. J’y vois là un lien direct entre la physique et la métaphysique (j’essaierai de m’expliquer plus tard).  

 

 PS : ton exemple n’est pas valable parce qu’il sous entend que toutes les combinaisons ‘pile face…’ se valent…

 

 

par Miteny publié dans : Pas à pas.
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Lundi 11 juillet 2005

Nous essayons de mettre au point ensemble quelques axiomes. C’est très bien, mais dés le premier, je trouve qu’il y a un problème. 

 « Tout ce qui réfère doit exister ». 

 Oui, mais que signifie exister ? Selon moi, ce terme est ambiguë parce qu’il regroupe des réalités différentes. Il y a deux sortes d’existence. La sienne et celle des autres ou de ce qui est extérieur à soi. 

Comment peut-on dire par exemple qu’un caillou existe ? Parce que des informations arrivent à notre esprit. Selon la pertinence de ces informations, ce dernier décide si oui ou non l’objet a une réalité, qui reste malgré tout extérieure. Par contre l’existence de soi, ce n’est pas la même chose. Qu’est ce qui nous permet de juger de l’existence des choses extérieures ? Pourquoi sommes nous habilités à affirmer que ce caillou existe ? 

 Parce que nous sommes convaincus de notre propre existence, sans vraiment savoir pourquoi[1]. Parce que nous avons conscience de nous-mêmes. Tu as écrit : « L'existence est le fondamental qui te permet justement de demander la définition du terme 'existence' ou de spéculer sur le sexe des anges. » 

Il serait plus juste de dire « l’existence de soi ». L’existence de cette conscience de soi, de ce « moi » est effectivement fondamentale. C’est elle qui nous permet d’affirmer que telle ou telle autre chose existe. 

Je te propose donc de modifier l’axiome 1 de la façon suivante : 

« Tout ce qui réfère doit avoir conscience de soi », ou 

« Tout ce qui réfère peut dire « je », peut distinguer « moi » et les autres. » 

Ainsi, on marque la différence entre l’existence de son propre esprit et l’existence de quelque chose d’extérieur. 

Car enfin, comment je sais que je ne suis pas une illusion ? J’ai envie de reparler de l’hypothèse « Matrix ». Pourquoi qualifies tu cette hypothèse de fantaisiste ? Selon les fonctionnalistes, le cerveau est assimilable à une machine. Un ordinateur serait donc capable d’aboutir aux mêmes performances. Pourquoi ne pas alors imaginer que l’univers est une gigantesque simulation ?  

 

Comment expliquer par exemple l’étonnante précision avec laquelle toutes les forces (gravitation, interaction forte, interaction faible) sont ajustées ? L’intensité de la force électromagnétique et de l’interaction faible ont exactement la valeur nécessaire à l’éclosion de la vie. C’est également vrai du nombre de dimensions spatiales et temporelles observables. Pourquoi ? 

Pour finir, je souhaiterais t’interroger sur la notion d’état mental. 

Qu’est ce que qu’un état mental ? Comment peut-on relier la conscience de soi à un état physiologique ?  

 

PS : Ronan, si tu veux sortir du solipsisme, il te faut peut-être accepter l’existence de Dieu et en tirer les conséquences pour ta vie sociale, économique, politique… (??!!)

 


[1] Descartes s’était posé la même question dès les premières lignes du discours de la méthode en faisant ce simple constat : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée; car chacun pense en être si bien pourvu que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. »

 

 

par Miteny publié dans : Pas à pas.
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