Lundi 23 janvier 2006

Parce que je pense que cet exemple montre bien la nature de mon interrogation. 

Supposons que la conscience soit le produit d’un système biologique. C'est-à-dire que l’existence d’un cerveau en fonctionnement soit nécessaire et suffisante pour expliquer l’émergence de la conscience de soi. Supposons également que l’informatique (ou la cybernétique) soit un jour assez évoluée pour reproduire le fonctionnement de n’importe quel système biologique. 

Il sera donc possible de fabriquer des ordinateurs conscients. Qui plus est, les concepteurs pourront certainement copier facilement les processus (les exécutables), les mémoires (les souvenirs humains correspondent à des sons, des images, des odeurs… tout ceci est parfaitement stockable sur un disque dur), les connexions autant de fois qu’ils le voudront. 

Ils pourront également arrêter et redémarrer un « système conscient » aussi souvent qu’ils le souhaiteront. Pour ce dernier, cela ne correspondra qu’à une phase de repos très profond (sans rêves) dont il ne se sera d’ailleurs même pas aperçu.  

 

Supposons enfin que je sois une de ces « machines » (A1 par exemple). 

 

De temps en temps, celui qui est chargé de l’entretien de mon environnement informatique virtuel (que j’appellerai Bob par souci de commodité) me change de place. Il copie tous mes processus (qu’il faut lancer pour me mettre en route), ma mémoire, mes souvenirs, mes connexions, mon corps virtuel puis me redémarre. Il efface les anciens fichiers ou exécutables. De mon point de vue, il ne s’est rien passé. 

En effet, puisque la configuration d’un système, l’enchaînement d’actions déterminées, l’existence d’une mémoire particulière sont supposées être nécessaires et suffisants pour que j’ai conscience de moi, peu importe qu’il s’agisse de copies ou d’originaux. En informatique un exécutable et sa copie font la même chose. Une image, un fichier mp3 ne se distinguent pas de leurs doubles. 

Un jour, au lieu de faire une seule copie, Bob en fait quatre et redémarre les quatre (son directeur a trouvé un nouveau financement, qui lui a permis de développer son parc informatique). De son point de vue, il y a désormais quatre « A1 ». 

Pour les différencier, il les nomme A11, A12, A13 et A14 (sans leur dire). Il met A11 dans un environnement virtuel ressemblant à l’Arctique, A12 dans un environnement virtuel ressemblant à l’Amazonie, A13 dans un simulant le Sahara et A14 dans un reproduisant le Tibet. Ces 4 environnements virtuels ne sont pas reliés entre eux.  

 

Il « relance » donc A11, A12, A13 et A14. Que se passe-t-il ?  

 

Trois possibilités : 

A. Je me réveille partout. C'est-à-dire que je suis capable de voir en même temps les quatre environnements. C’est impossible puisqu’il n’y a aucun lien entre eux (n’oublions pas que la conscience est supposée ici être d’origine matérielle). 

B. Je suis mort. Impossible puisque, selon ce qui a été dit précédemment, l’exécution de certains processus ou de leurs copies reliés à une certaine mémoire (ou à sa copie) provoque l’existence de ma conscience. Cela reste vrai même si quatre copies ont été faites. 

C. Je me réveille quelque part : en Amazonie, dans l’Arctique, au Sahara ou au Tibet. Je suis donc A11, A12, A13 ou A14. Oui, mais pourquoi l’un et pas l’autre ? On revient à la question « pourquoi ne suis-je pas quelqu’un d’autre ? ». Si par exemple je suis A11, je constate que quelque chose n’a pas marché. En effet, lorsque Bob interrompait le fonctionnement d’un ensemble d’éléments informatiques puis le redémarrait, je me réveillais toujours. 

C'est-à-dire que l’existence de ma conscience, du fait que je sais que j’existe, était la conséquence logique et obligatoire du fonctionnement de cet ensemble ou de sa copie.

Or cette fois-ci, de mon point de vue, cette opération n’a pas fonctionné. En effet A12, par exemple, est une copie de cet ensemble, mais sa mise en route n’implique absolument pas l’émergence de ma conscience puisque, pour mon plus grand malheur, je me retrouve dans un milieu froid et hostile, l’Arctique, alors que j’aurai mille fois préféré me balader au milieu d’une Amazonie virtuelle. 

L’alternative C est donc elle aussi absurde puisqu’il existe au moins un point de vue (le mien dans cet exemple) pour lequel elle débouche sur une contradiction flagrante. Si elle avait été plausible, il aurait fallu qu’elle le fût pour tout le monde. 

En effet, pour qu’une théorie scientifique soit considérée comme vraie, il faut qu’elle soit vérifiable par tout le monde. Qu’elle soit fausse pour au moins une personne et elle doit être rejeter.  

 

Mes questions : 

Je pense que vous ne rejetterez pas mes hypothèses. Il n’y a rien d’extraordinaire à affirmer qu’un souvenir ou sa copie sont équivalents… même chose pour les exécutables. Mais si oui, pourquoi ? 

Excusez moi mais je vais un peu schématiser. 

J’appelle M, cet ensemble informatique « système conscient » qui, lorsqu’il est mis en route, est supposé me faire prendre conscience de moi-même. 

J’appelle E ma conviction d’exister, d’être moi et pas quelqu’un d’autre. E existe. 

Visiblement M implique E est faux, par conséquent il faut autre chose. M n’est pas nécessaire et suffisant à E. Il est seulement nécessaire. 

Je me demande où vous pouvez trouver une faille dans ce raisonnement, qui me semble pourtant, d’un point de vue mathématique, assez simple.

 

 

par Miteny publié dans : Démonstration.
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Lundi 23 janvier 2006

Pour Loïc. 

J’aimerais connaître ta définition du terme « pourquoi ». Pour moi, ce mot signifie « pour quelle raison » et non pas « dans quel but ». C'est-à-dire qu’il appelle une réponse exposant les causes (les faits) permettant d’expliquer un fait.

Si les mots pourquoi et comment deviennent gênants et si nous n’arrivons pas à nous entendre sur les définitions de ces termes, je propose que l’on ne les utilise plus et qu’on les remplace par « quelles sont les causes de… » 

De toute façon :

Il me semble bien que la science essaie de trouver les causes (des faits permettant d’expliquer un autre fait) de notre existence. 

Or il lui est impossible de trouver une raison au simple constat suivant : l’univers pris absolument (c'est-à-dire en incluant notre cosmos, les éventuels univers parallèles et autres multivers, bref tout ce qui existe de manière absolue) est capable d’engendrer la vie et la conscience.

Car il faut dire qu’un univers totalement infécond est mathématiquement cohérent. 

  Pour Christophe Moreau. 

Ma première question est la suivante : acceptes-tu qu’un univers totalement infécond soit mathématiquement cohérent. 

Exemples d’univers (pris absolument), totalement inféconds : 

-          un univers ne disposant que d’une seule dimension 

-          un univers où la matière et l’antimatière ont exactement les mêmes propriétés : une petite asymétrie a permis à la matière de gagner sur l’antimatière… mais cette asymétrie aurait très bien pu ne pas exister 

-          un univers ne disposant que d’un atome ou que d’une particule

 Pour ma part, il semble évident que, d’un point de vue mathématique, logique, ces modèles d’univers sont cohérents.

 J’ai une formation scientifique et lorsque je considère les choses d’un point de vue objectif, j’essaie de bien le faire c'est-à-dire en ne tenant compte QUE de ce que les particules, les espaces… sont capables de faire, en fonction de leur nature. un proton (ou un ensemble quelconque de particules) ne veut pas construire quelque chose de mieux. Il ne veut rien, il n’agit qu’en fonction de ses caractéristiques.

 D’autre part, j’ai envie de repréciser ici des choses qui me paraissent logiques. Je considère que tous les être humains sont semblables et qu’il est très facile de trouver quelqu’un qui nous ressemble tant que nous aurions pu être lui. Ma question est : « pourquoi je suis moi ? »

 J’aurais très bien pu être quelqu’un d’autre.  J’ai déjà expliqué maintes fois quelque chose qui me paraît évident : la matière n’obéit qu’aux lois de la physique (et de la logique, puisque la physique est logique) : les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ainsi, si nous prenons au hasard 2 ordinateurs naturels, 2 cerveaux (le mien et celui d’un voisin par exemple), les mêmes processus devraient aboutir aux mêmes résultats. C’est d’ailleurs effectivement ce que l’on constate, à une nuance près : pourquoi est-ce que je ne ressens que le fonctionnement de mon cerveau, de l’ordinateur qui est dans MA tête ? Ce dernier doit avoir une particularité que les autres cerveaux (qui sont faits comme le mien, c’est universellement admis) n’ont pas.

 

 

 

 

 

 

 

par Miteny publié dans : Réponses et commentaires.
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Mardi 3 janvier 2006

I. « Si on exclut l’existence d’une intelligence organisatrice, on est obligé de trouver une explication à tout ce qui existe en évoquant uniquement le hasard et la nécessité. » 

En effet, en l’absence de force de création, les particules, les éléments qui constituent l’univers pris absolument n’obéissent qu’aux lois de la physique déterminées par leurs natures et la nature de leur environnement. C’est ce qu’on appelle la nécessité.

Cependant, souvent, cette dernière ne suffit pas. En effet, certaines coïncidences sont la plupart du temps indispensables (par exemple, la taille du soleil et de la Terre …) qui s’expliquent par le très grand nombre de solutions disponibles (les systèmes stellaires en l’occurrence).

Dans une perspective athée, il n’y a pas d’autres « forces » que le hasard pour les conditions initiales et la nécessité (détermination des évènements selon les lois de la physique) à la disposition du scientifique.

 

 

 

II. « Mathématiquement ou physiquement, les solutions « chaotiques » sont envisageables. » 

En effet, un univers chaotique (annihilation continuelle de la matière par l’antimatière par exemple) aurait pu exister, seul. C’est mathématiquement plausible.

Un monde sans possibilité de vie est peut-être une fiction, une vue de l’esprit mais il est tout à fait cohérent. Au point que d’éminents scientifiques (Sakharov par exemple) ont eu les plus grandes peines à comprendre comment la matière a réussi à échapper à l’inexistence.

 

 

 

III. « La question « comment est-ce possible » est toujours pertinente, quelque soit l’explication scientifique (hasard, nécessité) proposée. » 

 Il s’avère qu’à chaque fois qu’une explication scientifique est donnée, il est toujours possible de poser encore et toujours la même question : mais comment cela a-t-il été possible ? (Big-bang, multivers…) Les astrophysiciens ne connaissent pas tout : rapidement ils n’ont plus que des théories pour répondre.

Mais peut-on imaginer une théorie à laquelle je ne puisse pas rétorquer : « d’accord, mais qu’est ce qui explique que cet état de choses (répondant à ma première question) ait pu exister ? »

 IV. « Conclusion : il est absurde d’exclure l’existence d’une intelligence organisatrice. »

Dans une perspective athée, d’après II, que l’univers puisse abriter la vie ne va pas de soi. Donc la question « mais comment cela a-t-il été possible ? » (1) est légitime. Il faut lui trouver une solution.

Si la science peut y répondre ce ne sera qu’en utilisant le hasard et la nécessité (I). Or d’après III, une réponse de ce type n’existe pas. Cependant, d’après I, l’inexistence d’une intelligence organisatrice implique l’existence d’une réponse à la question (1) ne prenant en compte que le hasard et la nécessité.

Conclusion inévitable : postuler l’inexistence d’une intelligence organisatrice (ou d’un dessein intelligent) est absurde. 

 

En fait, la science ne peut pas répondre à la question « comment se fait-il que nous existions ? ». Contrairement aux apparences, ce type d’interrogation n’a même rien à voir avec son domaine d’activité.

par Miteny publié dans : Métaphysique.
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